Sept Réponses possibles des entreprises du secteur de la viande et des produits laitiers à la croissance du véganisme

Ben & Jerry's vegan flavors

Les produits véganes gagnent rapidement en popularité. Le principal moteur de cette croissance ne vient pas des végétaliens, mais des gens qui aiment acheter et goûter des produits uniquement végétaux de temps en temps, pour quelque raison que ce soit (santé, animaux, environnement, variété… ou simplement parce qu’ils sont là et ont bon goût). Les entreprises qui produisent de la viande et des produits laitiers et qui n’offrent pas de produits 100 %végétaux peuvent répondre à la croissance du marché végétalien (et peut-être au déclin du marché de la viande et des produits laitiers) de plusieurs façons. Ci-dessous, je passe brièvement en revue ces différentes réponses, en commençant par les réponses conservatrices et défensives, puis en passant aux réponses plus progressistes et radicales.

1. Jouer les autruches

Il y a encore pas mal d’entreprises – bien qu’elles soient de moins en moins nombreuses – qui croient que la tendance végane n’est qu’une mode qui va passer. D’autres se rendent compte que la croissance de la viande et des produits laitiers peut stagner en permanence et pourrait davantage décliner dans le monde occidental, mais espèrent profiter de la demande croissante pour leurs produits dans les pays en développement. En effet, à mesure que le revenu par habitant augmente en Chine, en Inde et dans d’autres pays d’Asie et d’Amérique latine, la demande de produits d’origine animale devrait, sauf nouvelle donne, augmenter considérablement (et même doubler d’ici 2050). Les entreprises du secteur de la viande et des produits laitiers espèrent pouvoir répondre à cette demande internationale croissante. Ces possibilités d’exportation ne sont cependant pas données. Ces pays sont de plus en plus conscients des problèmes posés par la production de produits animaux et les nouvelles technologies, comme la viande propre, risquent de jouer les trouble-fêtes. En outre, à l’avenir, nombre de ces pays répondront probablement de plus en plus à leurs propres besoins et acquerront davantage d’expertise de l’élevage industriel, plutôt que d’importer de la viande et des produits laitiers de l’Ouest.

2. Tenter de la ralentir ou de la stopper.

Certaines entreprises luttent ou tentent de saboter l’intérêt croissant pour les aliments d’origine végétale ou, à cette fin, la sensibilisation croissante aux questions de bien-être animal et de droits des animaux. Un exemple évident est la manière dont l’industrie de la viande et l’industrie laitière en Europe et aux États-Unis ont fait pression pour interdire l’utilisation de noms de viandes et produits laitiers (comme « steak », « hamburger » ou « fromage ») pour désigner des produits végétaux. En Europe, ce lobbying a été couronné de succès et a conduit au fait que le lait de soja ou d’avoine ne peut plus être appelé « lait » mais doit porter d’autres noms (comme « boisson »). En France, il en va déjà de même pour les produits carnés, de sorte qu’un steak végétarien ou végétalien ne peut plus s’appeler ainsi (nota du 06/01/2018, cette loi à été annulée par le gouvernement fin 2018). Aux États-Unis, des initiatives similaires ont échoué jusqu’à présent, mais d’un autre côté, nous avons vu des lois dites « ag-gag »(bâillonnement agricole) dans de nombreux États. Ces lois interdisent de prendre des photos de fermes industrielles, par exemple, afin d’empêcher les défenseurs des animaux d’enquêter sous couverture. D’autres mesures répressives similaires ont été prises, en particulier en Autriche.

3. « Innovation traditionnelle »

Pour continuer à vendre suffisamment de produits, de nombreuses entreprises doivent constamment innover. « L’innovation traditionnelle » – le terme est une sorte d’oxymore intentionnel – désigne pour moi ce que les entreprise font les entreprises de viande et de produits laitiers qui créent des produits innovants mais basés sur produits animaux. Par exemple, le lait sans lactose – un produit laitier que le secteur laitier veut vendre aux personnes intolérantes au lactose – ou le lait avec certaines saveurs.

Beaucoup plus innovant – je le place encore ici mais il pourrait aussi être sous le point suivant – sont les produits hybrides. Ces produits sont composés à la fois de produits animaux et végétaux. Imaginez un « lait » qui est en partie du lait de vache et en partie du lait d’avoine, ou une saucisse qui contient 70 % de viande et 30 % de blé – deux catégories de produits qui existent réellement.

4. Développer des alternatives pour la viande es les produits laitiers

De plus en plus d’entreprises sont encore plus audacieuses et lancent des alternatives sans produits animaux aux produits qu’elles proposent déjà. Les marques de glaces Ben&Jerry’s et Haagen Dazs, par exemple, ont lancé des saveurs 100% végétales. En Allemagne, l’entreprise Ruggenwalder Muhle, implantée depuis longtemps dans le secteur de la viande, a lancé de nombreux produits végétariens ou végétaliens.

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Ben & Jerry, végétales saveurs

5. Les entrées dans le capital de sociétés spécialisées dans le végétal

Certaines entreprises se préparent ou se protègent contre le déclin de la demande en produits d’origine animale en investissant dans d’autres entreprises qui produisent des produits de remplacement. Le fonds d’investissement de Tyson Food a acheté une participation dans la société végane Beyond Meat et a également investi dans des startups impliquées dans le développement de la viande propre. General Mills a investi dans Kite Hill (qui offre des fromages à base de plantes), ainsi que dans Beyond Meat. Cargill et Tyson Foods ont investi dans Memphis Meat, une jeune entreprise californienne qui tente de commercialiser de la viande propre, et qui a déjà produit des prototypes propres de boulettes de viande et de canard.

6. L’acquisition d’une société spécialiste du végétal

Les entreprises du secteur de la viande et des produits laitiers ont également la possibilité, non d’acheter seulement une participation dans une entreprise végane, mais de l’acquérir complètement. Cela peut être une bonne idée lorsque l’entreprise spécialisée dans les produits animaux n’a pas l’expertise ou l’ambition de mettre sur le marché ses propres produits de remplacement assez rapidement. Le géant laitier Danone a acheté Whitewave foods, qui possède des marques comme Silk, Alpro (une entreprise européenne de laits végétaux), ainsi que certaines marques de produits laitiers biologiques. Danone a payé plus de 11 milliards de dollars pour l’acquisition, mais cela lui permet de faire son entrée sur le marché américain – où elle était faible – ainsi que sur le marché végétal et biologique. Il existe de nombreux autres exemples d’acquisitions semblables, comme l’acquisition par la société laitière finlandaise Valio de la société suédoise de lait d’avoine Oddlygood, ou l’acquisition par Saputo Canada de Morningstar, entre autres. Le célèbre fromager végétal Daiya a quant à lui été racheté par la société japonaise Otsuka.

Pour les véganes qui n’aiment pas que les spécialistes de la viande s’impliquent dans des entreprises véganes, il est important d’être conscient du fait qu’à travers leurs investissements ou leurs acquisitions, la société qui investit ou la nouvelle société mère peut soutenir la croissance de l’entreprise végane. Outre les fonds destinés au développement de nouveaux produits ou aux budgets publicitaires, une société participant au capital ou une société mère peut également apporter son expertise en matière de recherche et de développement pour améliorer un produit. Un responsable d’Alpro, par exemple, a expliqué comment l’expertise de sa nouvelle maison mère Danone en matière de fermentation serait très utile pour améliorer encore la qualité des yaourts d’Alpro. D’autres déclarent qu’une société mère peut apporter ses contrats avec des chaînes de supermarchés (ou peut-être même de restaurants) pour aider à améliorer la distribution des produits. Il est également important de noter qu’il est très probable qu’une entreprise spécialiste des produits animaux sera beaucoup moins susceptible d’essayer de saboter la croissance du véganisme (option 2 ci-dessus) si elle en tire déjà profit.

7. La transformation complète en une entreprise spécialisée dans le végétal

Enfin, une entreprise spécialisée dans les produits animaux peut devenir une entreprise végane. C’est à ce stade un phénomène très rare, mais il se produit, et on ne peut qu’espérer qu’il se produira de plus en plus. C’est le cas, par exemple, de la laiterie traditionnelle new-yorkaise Elmhurst, qui est aujourd’hui une entreprise spécialiste du végétal. Elle continue à vendre du lait, mais elle est passée des vaches aux noix pour sont approvisionnement.

Si nous voulons que le mode de vie végane se répande davantage, il est nécessaire que les entreprises traditionnelles puissent s’engager d’une manière ou d’une autre, et qu’elles aient une plus grande variété d’options que la simple faillite ou le fait de devenir véganes du jour au lendemain – deux situations très rares.

Également publié ici : https://www.vegan-france.fr/blog/sept-reponses-possibles-des-entreprises-du-secteur-de-la-viande-et-des-produits-laitiers-a-la-croissance-du-veganisme/.

Ce que nous pouvons apprendre des abolitionnistes de l’esclavage du 19e siècle [Interview]

La plupart des « végétaliens éthiques » (les personnes qui refusent les produits d’origine animale pour des raisons morales) seraient d’accord pour dire que l’objectif du mouvement de défense des droits des animaux est l’abolition de l’exploitation des animaux à des fins humaines. En ce sens, ils sont tous « abolitionnistes ». Le terme abolitionniste vient des personnes qui ont plaidé en faveur de l’abolition de l’esclavage aux 18e et 19e siècles en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne. Mais dans quelle mesure ceux qui préconisent l’abolition de l’exploitation animale peuvent-ils se comparer et s’inspirer des abolitionnistes de l’esclavage ? Les objectifs et la tactique étaient-ils similaires ? Peut-on apprendre quelque chose de leurs échecs et de leurs succès ? J’ai interviewé le Dr Wlodzimierz Gogloza pour nous aider à répondre à ces questions. Nous allons nous concentrer sur le mouvement anti-esclavagiste en Amérique du Nord.

W. Gogloza est professeur adjoint de droit à l’Université Maria Curie Sklodowska de Lublin, en Pologne, où il enseigne des cours et des séminaires sur l’histoire des idées, les traditions légales du monde et les études de gestion. Il a co-écrit un livre, co-édité sept ouvrages scientifiques et publié des dizaines de travaux académiques sur divers sujets, dont les franges radicales du mouvement anti-esclavagiste américain, la tradition individualiste britannique et les premières idées managériales et organisationnelles. Il est également bénévole pour Open Cages / Anima International en tant que conseiller juridique et coordinateur de campagne.

Vegan Strategist : Tout d’abord, qui étaient ces abolitionnistes de l’esclavage du 19e siècle ? Qu’est-ce qui les définit réellement ?

Wlodek Gogloza : La première chose à comprendre est que, dans le mouvement anti-esclavagiste nord-américain, les prétendus abolitionnistes étaient une minorité. Pas plus de 300 000 personnes se sont déclarées abolitionnistes avant la guerre civile. La population des États-Unis à cette époque était d’environ 31 millions d’habitants. En outre, les soi-disant abolitionnistes étaient très dispersés dans le nord : même dans les États les plus septentrionaux où le mouvement anti-esclavagiste était le plus puissant, il n’y avait que quelques endroits où une personne sur dix était abolitionniste.

Les abolitionnistes étaient essentiellement ceux qui souscrivaient aux trois demandes de l’ « American Anti-Slavery Society » (le principal groupe abolitionniste aux États-Unis). La première revendication était l’abolition immédiate de la servitude humaine (parfois appelée « immédiatisme », par opposition au gradualisme). La seconde : aucune compensation pour les propriétaires d’esclaves et aucune émigration forcée (« expatriation ») d’anciens esclaves. La troisième demande était que tous les anciens esclaves obtiennent les droits civils. Ces trois objectifs avaient le même poids, et si quelqu’un rejetait un seul d’entre eux, ils ne sont pas considéré comme abolitionnistes.

Parenthèse. L’immédiatisme est une approche du travail collaboratif qui prône une valeur immédiate du contenu. Cette approche réunit plusieurs contributeurs qui croient que le travail réalisé doit être à tout moment de qualité.

Parmi les abolitionnistes américains les plus influents et les plus connus figurent William Lloyd Garrison, Frederick Douglass, Angelina et Sarah Grimké, Abby Kelley Foster, Lucretia Mott, Wendell Phillips, Joshua Leavitt et Charles Sumner. Ils ne se sont pas toujours entendus sur toutes les questions relatives à l’abolition, en particulier sur la manière dont l’émancipation des esclaves devrait être réalisée, mais ils ont tous convenu que les trois demandes susmentionnées n’étaient pas négociables.

Ces demandes ne semblent pas trop controversées à nos yeux d’aujourd’hui… ?

Et pourtant, elles étaient extrêmement controversés à l’époque. C’est surtout la position antiraciste sans compromis de leur dernière revendication qui donnait l’apparence des abolitionnistes de fondamentalistes fous.

Le racisme était beaucoup plus répandu qu’aujourd’hui, et même parmi les militants anti-esclavagistes, de nombreuses personnes avaient des attitudes racistes. L’idée que les Afro-Américains devraient avoir les mêmes droits que les citoyens blancs consternait même les personnes qui considéraient l’esclavage comme une abomination.

Le président Lincoln, par exemple, voulait aider les esclaves, mais en raison de la stigmatisation attachée au mouvement abolitionniste, il a tout mis en œuvre pour se démarquer des abolitionnistes. Un homme qui fit campagne pour Abraham Lincoln en 1860 se plaint : « On m’a dénoncé comme impudent, fantasmagorique, immature et, pire que tout, abolitionniste » (1).

Ainsi, au sein du mouvement anti-esclavagiste au sens large, quelles seraient les revendications de ceux qui n’appartenaient pas à la fraction abolitionniste ?

Certaines personnes étaient en faveur d’une sorte de compensation pour les propriétaires d’esclaves, d’autres voulaient renvoyer les esclaves libérés en Afrique. Lincoln, par exemple, et Harriet Beecher Stowe, auteur du séminal « La Case de l’Oncle Tom », étaient des partisans de cette dernière idée, connue sous le nom de colonisation. D’autres encore voulaient se débarrasser de l’esclavage de manière plus progressive.

Y a-t-il eu des gens qui partageaient toutes les idées des abolitionnistes, mais ne les ont pas portée en campagne pour des raisons pragmatiques ?

De nombreux quakers ont donné leur accord de principe aux abolitionnistes, mais ont refusé de participer aux activités des abolitionnistes, qu’ils considéraient comme perturbatrices et indisciplinées. Leur position était connue sous le nom de « quiétisme ». Il y avait aussi beaucoup de gens qui ont été dérangés par certains points de vue marginaux sur le gouvernement et la religion organisée tenus par des membres très importants de l’AASS. William Lloyd Garrison et ses partisans, connus sous le nom de Garrisonians, qui plaidaient ouvertement pour une approche de l’anarchisme avaient une influence particulièrement polarisante sur le vaste mouvement anti-esclavagiste.

Certains défenseurs des droits des animaux, notamment Gary Francione, qui a façonné la soi-disant « approche abolitionniste », et ses partisans aiment comparer la lutte pour la libération des animaux à la lutte des abolitionnistes de l’esclavage, se voyant dans une situation similaire. Qu’est-ce qu’ils trouvent particulièrement inspirant ?

Je crois que les abolitionnistes des droits des animaux modernes, au sens de Gary Francione et d’autres, aiment la position sans compromis et sans équivoque des abolitionnistes de l’esclavage. Ils semblent également très attachés aux deux tactiques qu’ils associent étroitement aux Garrisoniens et aux autres immédiatistes du 19e siècle: l’abstention et la persuasion morale. Voici, à titre d’exemple, une citation représentative de Gary Francione :

Garrison était clair : si vous vous opposez à l’esclavage, vous arrêtez de participer à l’institution. Point. Vous émancipez vos esclaves. Vous rejetez l’esclavage et vous n’avez pas honte de votre opposition. Vous n’essayez pas de le cacher. Vous exprimez ouvertement et sincèrement, mais de manière non violente, votre « opposition morale persistante et sans compromis » à l’esclavage, qui est « un système d’immoralité sans bornes ». De même, si vous pensez que l’exploitation des animaux est une mauvaise chose, la solution n’est pas de favoriser une exploitation « heureuse ». La solution consiste à devenir végétalien, à définir clairement le véganisme en tant que fondement moral sans équivoque et à s’engager dans une éducation végane créative et non-violente afin de convaincre les autres de ne pas participer à un système d ’« immoralité sans bornes ». (2)

Je crois fermement, cependant, que les parallèles que les abolitionnistes des droits des animaux établissent entre leur position et celle des abolitionnistes de l’esclavage du 19e siècle sont faux et reposent sur une compréhension très superficielle du mouvement abolitionniste d’origine et de la réalité sociale et politique dans laquelle il se trouvait émergé.

Regardons d’abord cette « persuasion morale ». Quelle était l’importance de cette tactique pour les abolitionnistes de l’esclavage ?

La société américaine anti-esclavagiste a eu recours à la persuasion morale dans les années 1830 pour mettre fin à l’esclavage en faisant appel à la conscience chrétienne des propriétaires d’esclaves et en les convaincant que l’esclavage était un grand péché et devait être immédiatement abandonné. C’était une tactique religieuse employée par ce qui était essentiellement un mouvement religieux.

L’AASS a vu le jour à la suite du « Deuxième Grand Réveil », un réveil religieux protestant qui a balayé les États-Unis au cours de la première moitié du 19e siècle. Les personnes associées au Grand Réveil ont souligné le pouvoir d’un individu à renoncer au péché et à encourager ses frères chrétiens à lutter pour leur sainteté personnelle.

Presque tous les premiers abolitionnistes sont issus de ce milieu. En fait, l’AASS peut être considéré comme une coalition laïque de revivistes quakers, baptistes et congrégationalistes, qui souhaitait inciter les propriétaires d’esclaves à renoncer au péché d’esclavage et à libérer volontairement leurs esclaves.

Quelle forme cette persuasion morale a-t-elle prise dans la pratique ?

La tactique s’est traduite par une campagne de propagande massive. Pendant près de deux ans, l’AASS a imprimé de 20 000 à 50 000 brochures anti-esclavagistes par semaine. Ils les ont envoyées par la poste à des propriétaires d’esclaves, à des responsables des gouvernements fédéral et des États, à des politiciens, à des rédacteurs en chef de journaux, à des ministres et à des prédicateurs de tout le pays, mais plus particulièrement du Sud. En 1836, les abolitionnistes inondèrent les États-Unis de propagande anti-esclavagiste, envoyant plus d’un million de pamphlets, affiches, recueils de chansons et même de lectures pour les jeunes enfants.

Les abolitionnistes ont également envoyé leurs conférenciers les plus engagés dans des tournées de conférences dans le Nord, tenu des réunions publiques dans les principales villes du nord, organisé des foires, des bazars et des pique-niques, ainsi que des veillées et des groupes de prière.

Quel a été le succès de ces efforts ?

Tout cela a nécessité d’énormes ressources et des milliers d’activistes, mais les résultats ont été très décourageants. Alors que certains propriétaires d’esclaves ont libéré leurs esclaves, la grande majorité des habitants du sud ont réagi avec une hostilité extrême à la propagande des abolitionnistes, notamment en brûlant des courriers abolitionnistes dans des bureaux de poste et en violant des abolitionnistes et en entraînant la mort de plusieurs d’entre eux. En fin de compte, la campagne s’est révélée contre-productive. Cela a en réalité durci l’engagement des propriétaires d’esclaves envers l’esclavage.

Comment ?

Après la guerre d’indépendance, beaucoup de Sudistes ont cru que l’esclavage était un mal, bien qu’il fût un mal nécessaire. Au début de 1840, cela changea et, pour beaucoup de Sudistes, l’esclavage était devenu – pour citer un discours du sénateur Albert Gallatin Brown du Mississippi – « une grande bénédiction morale, sociale et politique – une bénédiction pour l’esclave et une bénédiction pour les maître ”(3). Lors d’un discours tristement célèbre, John C. Calhoun a insisté sur le fait que « l’esclavage était un bien positif » (4), il résultait directement de la « campagne postale » des abolitionnistes.

Les abolitionnistes ont-ils réalisé que ce qu’ils faisaient ne fonctionnait pas ?

Ils l’ont réalisé. Dans les années 1840, la plupart d’entre eux avaient décidé de renoncer à la persuasion morale en tant que méthode de sensibilisation. Deux tactiques majeures sont alors apparues au sein du mouvement abolitionniste. Certains abolitionnistes ont commencé à se concentrer sur des campagnes politiques, d’autres sur ce que les érudits modernes appellent « l’abolitionnisme révolutionnaire » aider les esclaves fugitifs, perturber l’efficacité de la loi sur les esclaves fugitifs, se préparer à l’insurrection des esclaves, etc.

Les abolitionnistes politiques ont fondé le Parti de la liberté, dans le seul but de rendre l’esclavage illégal. Le parti n’a pas réussi. Son meilleur résultat électoral a représenté moins de 3% du vote populaire. Mais le parti abolitionniste a ensuite fusionné avec le Free Soil Party, qui est rapidement devenu une force politique majeure dans le Nord et peut être considéré comme un précurseur du parti républicain de Lincoln.

Tous les abolitionnistes ont-ils participé à la campagne politique ?

Non. Les Garrisoniens, en particulier, étaient hostiles à toute forme de gouvernement et trouvaient l’engagement politique à la fois inutile et immoral. Au lieu de cela, ils ont préconisé la désunion, c’est-à-dire la sécession des États libres du nord des États-Unis.

Le générique du Liberator, qui était le principal organe de presse des Garrisoniens, renfermait le fameux slogan « Aucune union avec les propriétaires d’esclaves ». C’était évidemment une position extrêmement controversée qui ne pouvait pas attirer un soutien important.

Mais les Garrisoniens ont également participé à des efforts plus pragmatiques – ils ont aidé à établir des écoles, des églises, des bibliothèques, etc. non séparées, et ont mené avec succès une campagne contre la ségrégation dans les voitures, les trains et les bateaux à vapeur.

Qu’en est-il de l’abstention des produits esclavagistes ? Les abolitionnistes du 19e siècle ont-ils considéré cela comme une base morale sans équivoque et un véritable test de son engagement pour la cause, comme semble l’impliquer Gary Francione ?

La constitution de l’AASS a encouragé ses membres à privilégier les produits du travail libre, mais cela ne signifie pas pour autant que les abolitionnistes considèraient l’abstention comme un impératif moral.

L’abstention a d’abord été utilisée comme tactique par les abolitionnistes britanniques à la fin du XVIIIe siècle. Ils ont utilisé une approche minimaliste du boycott, en concentrant leurs efforts sur quelques produits soigneusement sélectionnés. En boycottant le sucre et le rhum produits par les esclaves des Antilles (îles des Caraïbes), ils voulaient exercer une pression économique sur les industries dépendantes de l’esclavage et, à terme, rendre l’esclavage non rentable. L’objectif économique n’a pas été atteint, mais le boycott a joué un rôle déterminant dans la création d’un mouvement de masse d’abolitionnistes dévoués qui ont mis fin à l’esclavage en Grande-Bretagne.

Inspirés par l’exemple britannique, les abolitionnistes américains ont choisi une voie plus radicale. À partir des années 1830, ils ont mis en place des dizaines d’organisations vouées à l’abstention de tous les produits issus du travail d’esclaves. Ils ont également ouvert plus de 50 « magasins de produits libres », qui vendaient exclusivement des produits exempts de travail forcé. Cependant, beaucoup d’entre eux ont été de courte durée.

Quel a été le retentissement de cette abstention auprès du grand public américain ?

Elle n’a jamais attiré une foule de partisans, même parmi ceux qui avaient une conviction anti-esclavagiste. Éviter complètement les produits du travail esclave était beaucoup plus difficile que de simplement boycotter du sucre ou du rhum (ce que les Britanniques avaient fait). L’offre de produits libres ne suffisait pas à satisfaire même les plus petites demandes et les magasins de produits libres devaient régulièrement faire face à des ruptures de stock. Et la qualité des produits était généralement faible, alors que les prix étaient trop élevés pour la plupart des Blancs et presque tous les Noirs libres.

En fin de compte, la dépendance exclusive vis-à-vis des produits libres exigeait un tel dévouement à la cause que seuls les abolitionnistes les plus engagés pourraient la maintenir, souvent au détriment de se concentrer sur d’autres activités anti-esclavagistes (5).

Il semble que, tout comme dans le mouvement végan aujourd’hui, l’impact et l’efficacité de la pureté personnelle étaient en discussion.

Exactement. Le parallèle va encore plus loin. L’abstention est devenue un sujet de discorde majeur au sein du mouvement abolitionniste. Les Garrisoniens, qui avaient initialement soutenu la cause des produits libres, ont par la suite commencé à les critiquer. Ils se sont rendu compte que, dans la pratique, l’abstention détournait l’énergie de la lutte contre l’esclavage en déplaçant l’attention portée du militantisme à la morale personnelle.

L’analyse des documents et des lettres d’information produits par les défenseurs de l’abstention révèle que les abstentionnistes se focalisaient de plus en plus sur la pureté personnelle et sur une « conscience de sincérité et de cohérence », de posséder des « mains propres », de « ne pas communier avec les ouvriers d’iniquité ». (6)

Cette obsession des « mains propres » a d’ailleurs été un problème majeur pour les propriétaires des magasins de produits libres, qui devaient constamment rassurer leurs clients sur le fait que les produits qu’ils vendaient étaient exempts de travail forcé.

Cela me semble assez familier…

C’est vrai, n’est-ce pas ? Finalement, la propre justice des « abstentionnistes » est devenue insupportable même pour les abolitionnistes profondément religieux, qui, comme Garrison, luttaient pour la sainteté dans leur vie privée. À la fin des années 1840, pratiquement toutes les personnalités du mouvement anti-esclavagiste avaient fini par s’opposer à « l’abstention », en tant que tactique majeure destinée à créer un changement. En conséquence, l’abstentionnisme dans les années 1850 fut associé presque exclusivement à une très petite fraction des quakers.

Donc, contrairement à ce que semblent suggérer certains abolitionnistes des droits des animaux de nos jours, le mouvement pour l’abstention était très petit, insignifiant et en contradiction avec le mouvement anti-esclavagiste au sens large.

Même aux foires anti-esclavagistes, tous les produits vendus ne sont pas des produits libres. Les abolitionnistes ont justifié leurs actes d’achat et de vente des produits du travail forcé par leur engagement en faveur de la cause de l’esclave. Comme William Lloyd Garrison l’a expliqué au cours d’un débat avec des abstentionnistes, « qui, si ce n’est l’abolitionniste, a si bien le droit d’utiliser les produits du travail de l’esclave au nom de qui il travaille ? » (7)

Ainsi, si l’on devait interpréter les commentaires de Garrison dans le contexte des débats modernes sur le véganisme, son approche de l’abstention serait beaucoup plus proche d’une position connue sous le nom de « compensation morale », plutôt que du « véganisme en tant qu’impératif moral » de Francione.

Qu’entendez-vous par « compensation morale » ?

C’est une idée popularisée au sein de la communauté altruiste efficace par Scott Alexander de la renommée du Slate Star Codex. L’essentiel est que vous puissiez compenser certaines de vos « lacunes » en faisant une bonne action appropriée. Disons par exemple que vous vous sentez l’obligation morale d’être végétalien, mais que, pour une raison quelconque, vous ne pouvez pas vous engager pleinement dans le véganisme. Vous compensez ainsi votre « dépendance au chocolat au lait » par un don à une organisation de défense des droits des animaux, qui l’utilise ensuite pour financer des campagnes visant à mettre un terme à l’élevage intensif de vaches laitières.

Notez que je ne dis pas que la « compensation morale » est une approche appropriée, mais simplement que c’est plus proche de ce que Garrison préconisait en matière d’abstention, plutôt que d’un « fondement moral ».

En tant que végétalien, après avoir examiné le mouvement anti-esclavagiste chez certains, quels sont, selon vous, les principales leçons à retenir ?

Tout d’abord, assurez-vous d’étudier réellement les mouvements avec lesquels vous prétendez partager une affinité et desquels vous pensez tirer des leçons. Le mouvement abolitionniste américain n’était pas un monolithe. Il comprenait de nombreuses factions différentes, qui se querellaient presque constamment sur des questions fondamentales et mineures relatives à l’esclavage et à l’émancipation. Il n’y avait pas une seule tactique abolitionniste. Les Garrisoniens en utilisaient une, les abstentionnistes une autre et les abolitionnistes politiques ou constitutionnels une autre. Parfois, les factions ont coopéré – par exemple lors d’une campagne de pétition qui a toutefois été rapidement étouffée par l’adoption d’une loi bâillon par le Congrès américain – mais il n’est pas approprié de parler d’une stratégie ou de tactique abolitionniste.

Deuxièmement, comprenez que le fait qu’une tactique ait fonctionné à un moment donné n’implique pas une applicabilité universelle. Les abolitionnistes américains ont suivi de très près les traces du mouvement anti-esclavagiste britannique et, même s’ils ont essayé des approches similaires, ils n’ont pas été en mesure de reproduire le succès britannique. Pour une raison très évidente. Les États-Unis étaient beaucoup plus dépendants de l’esclavage que la Grande-Bretagne, ce qui signifiait que les abolitionnistes américains opéraient dans un environnement différent et beaucoup plus difficile que les Britanniques.

En outre, nous ne devrions pas trop nous attacher à une tactique et être toujours prêts à mettre à jour nos méthodes. Le mouvement anti-esclavagiste américain était au départ très attaché à la persuasion morale, puis l’a abandonnée pour passer à une stratégie de changement institutionnel. Une chose semblable s’est produite en ce qui concerne l’abstention d’achat. Lorsque les abolitionnistes se sont rendus compte que les maigres résultats du boycott n’en valaient pas la peine, la grande majorité d’entre eux ont adopté une tactique différente.

Enfin et surtout, nous devrions reconnaître les limites des histoires inspirantes et des personnalités. J’admire profondément les abolitionnistes américains. Il est difficile de ne pas être inspiré par leur courage incroyable, leur engagement de toute leur vie pour la cause de l’esclave et leur persistance nécessaire pour défier une institution si profondément ancrée dans le système social, économique et politique de leur pays. Mais nos héros n’étaient pas infaillibles (par exemple, les abolitionnistes américains étaient un groupe extrêmement querelleur, et beaucoup d’entre eux étaient impliqués dans des querelles personnelles amères et prolongées) et ne devraient pas nous fournir un plan pour changer le monde. Surtout un qui est tellement différent du leur.


Références

  1. OL Jackson, Le journal du colonel, Ohio 1922, p. 34
  2. GL Francione, Le débat abolitionniste-régulationniste d’une autre époque: ça sonne familier ?, https://www.abolitionistapproach.com/the-abolitionist-regulationist-debate-from-another-era-sound-familiar/
  3. Cité dans JM McPherson, Cri de guerre de la liberté. La guerre civile américaine, New York 1990, p. 56
  4. Discours sur la réception de pétitions en faveur de l’abolition, février 1837, dans JC Calhoun, discours de John C. Calhoun. Livré au Congrès des États-Unis de 1811 à nos jours, New York 1843, p. 225
  5. Voir RK Nuermberger, Le mouvement Free Produce: une manifestation des quakers contre l’esclavage, Durham 1942.
  6. E. Heyrick, Abolition immédiate et non progressive: ou Une enquête sur les moyens les plus courts, les plus sûrs et les plus efficaces de se débarrasser de l’esclavage des Indes occidentales, 2e éd., Boston 1838, p. 35
  7. RK Nuermberger, op. cit., p. 102.

Littérature sélectionnée

  • M. Sinha, La cause de l’esclave. Une histoire d’abolition, Yale University Press 2016.
  • JB Stewart, La politique abolitionniste et le début de la guerre civile, The University of Massachusetts Press 2008.
  • AS Kraditor, moyens et aboutissements dans l’abolitionnisme américain. Garrison et ses critiques sur la stratégie et la tactique, 1834-1850, Pantheon Books 1967.
  • RK Nuermberger, Le mouvement Free Produce: Une manifestation des quakers contre l’esclavage, Duke University Press, 1942.
  • LB Glickman, Acheter pour le bien de l’esclave: l’abolitionnisme et les origines de l’activisme des consommateurs américains, « American Quarterly », volume 56, numéro 4, décembre 2004, p. 889-912.
  • H. Mayer, Tous en feu. William Lloyd Garrison et l’abolition de l’esclavage, WW Norton & Company 1998.
  • JR Jeffrey, La grande armée silencieuse de l’abolitionnisme. Femmes ordinaires dans le mouvement anti-esclavagiste, Presses de l’Université de Caroline du Nord, 1998.
  • L. Perry, Abolitionnisme radical: l’anarchie et le gouvernement de Dieu dans la pensée anti-esclavagiste, Cornell University Press, 1973.
  • Pour un aperçu critique de l’abolitionnisme moderne relatif aux droits des animaux, voir
  • LE Chiesa, La défense des droits des animaux: pourquoi l’abolitionnisme s’effondre en welfarisme et ce que cela signifie pour l’éthique animale, « Revue de droit de l’environnement de Georgetown », Vol 28, 2016, p. 557-587, disponible en ligne à l’adresse https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2905054
  • Assurez-vous de lire « All on Fire » d’Henry Mayer. William Lloyd Garrison et l’abolition de l’esclavage ». C’est l’une des meilleures biographies que j’ai jamais lues et je lis des biographies intellectuelles pour gagner ma vie.

Également publié ici : https://gazettedeseitan.home.blog/2018/12/11/ce-que-nous-pouvons-apprendre-des-abolitionnistes-de-lesclavage-du-xixe-siecle/.

Collaborer pour changer le régime alimentaire mondial – un rapport du 50by40 Corporate Outreach Summit à Berlin

Le 50by40 Corporate Outreach Summit, organisé par ProVeg International et la Humane Society of the US, a eu lieu du 27 au 29 avril 2018 à Berlin. Je considère qu’il s’agit d’une étape importante pour le mouvement végane. Dans ce billet, je vais résumer brièvement certaines des choses que j’ai apprises, ou dont je me souviens, ou que je veux simplement partager.

Les participants à cette conférence étaient unis par l’objectif « 50by40 », qui est l’ambition globale de réduire de 50% la production internationale de produits d’origine animale d’ici 2040. Cet objectif est tout à fait conforme (quoique légèrement plus ambitieux par rapport) aux objectifs d’organisations comme Greenpeace, WWF et Compassion in World Farming, qui ont des objectifs similaires. Le sommet a été organisé pour réunir un grand groupe d’organisations du mouvement végane et des droits des animaux, et pour bâtir une alliance internationale afin de collaborer à la réalisation de cet objectif. La devise de la conférence était : « Si vous voulez aller vite, allez-y seul ; si vous voulez aller loin, allez-y ensemble« .

Cette conférence était probablement la conférence la plus internationale sur le véganisme ou les droits des animaux à laquelle j’ai jamais assisté, avec des gens de plus de trente pays différents et de six continents. Les participants étaient pour la plupart des membres du personnel ou des bénévoles importants d’organisations de leurs pays respectifs, avec quelques universitaires dans le tas. Même si les groupes présents provenaient principalement des milieux animaliste et végane (il y avait aussi des organisations environnementales, comme Greenpeace), l’idée serait de créer une plateforme plus large à l’avenir. Il y a un nombre pratiquement illimité d’intervenants qui pourraient appuyer l’objectif de réduction de 50 % d’ici 2040, y compris les organismes de santé et d’environnement, les entreprises et les gouvernements.

Pour moi, cette conférence était à bien des égards un témoignage de notre croissance et de notre maturation en tant que mouvement. Les gens qui étaient là, et le contenu de nos discussions, ont témoigné d’un professionnalisme croissant, d’un accent sur l’impact institutionnel, du développement de nos compétences et de notre expertise, et même d’une conscience croissante de la nécessité de nous tourner vers l’intérieur et de maîtriser nos propres démons intérieurs (j’y reviendrai).

J’ai commencé mon propre exposé en racontant à l’auditoire un incident survenu lors d’une conférence végétarienne dans les années 80 (je crois), où les délégués végétariens sont tombés malades en mangeant des haricots insuffisamment cuits et ont dû être transportés à l’hôpital. Cette petite anecdote avait pour but de montrer le chemin parcouru. Il fut un temps où nous ne pouvions même pas cuisiner correctement à nos propres fêtes, et maintenant certains d’entre nous montrent le chemin aux Sodexos, Compas et Aramark de ce monde ! Ce qui m’amène à….

La restauration

Cette conférence portait en effet sur le changement institutionnel, sur le fait de faire des choses qui ont un grand impact en s’adressant aux bonnes personnes. Kristie Middleton et Ken Botts, tous deux de la HSUS, en ont donné des exemples très impressionnants. Le programme Forward Food de la HSUS a déjà formé 4 000 professionnels de la cuisine, y compris dans certaines des écoles les plus prestigieuses. Le programme a permis de passer de 350 millions de repas d’origine animale à des repas d’origine végétale, ce qui a permis de sauver plus de 140 millions d’animaux.

Ken Botts est responsable de la première cafétéria entièrement végane aux États-Unis (peut-être dans le monde), dans un lieu qui n’est autre que l’Université du Nord du Texas ! Fort de ce succès, la HSUS travaille maintenant avec Aramark et Compass, et collaborera bientôt avec Sodexo. Cette collaboration et cette formation ne se déroulent pas seulement aux États-Unis ; la HSUS met en relation ses contacts américains chez chacun de ces traiteurs avec des employés clés de ces entreprises dans d’autres pays. Le programme est passé des États-Unis à l’international en une seule année. Ken Botts savait que le fait d’avoir une réussite locale leur permettrait de remonter la chaîne.

Du Portugal et de Nuno Alvim est venu un autre grand exemple de changement institutionnel. La Société végétarienne portugaise a réussi à faire pression en faveur d’une loi qui rend l’option végétalienne obligatoire dans toutes les cafétérias publiques. À l’heure actuelle, quatorze pour cent des repas consommés dans les hôpitaux, par exemple, sont d’origine végétale.

Et puis, il y a le Brésil. Comme si le succès des Brésiliens avec le programme Meatless Monday (grâce auquel des millions et des millions de repas végétaliens sont offerts chaque année) n’était pas suffisant – grâce à Guilherme Carvalho de la Société Végétarienne Brésilienne – HSI (Humane Society International) a collaboré avec un procureur du district de Bahia pour s’assurer que d’ici 2019, les écoles de quatre villes seront entièrement végétaliennes ! Sandra Lopes de HSI Brésil nous a dit que cette collaboration se traduira par 23 millions de repas végétaliens par an, pour 33 000 étudiants, dans 137 écoles et garderies !

Il y a eu d’autres exemples et témoignages de Kristin Höhlig, Katleen Haefele et Paula Rassman sur le fait que Proveg Allemagne s’adresse aux services alimentaires et aux écoles, ainsi que d’Alan Darer et Charlie Huson de Mercy For Animals’ de HSI Royaume-Uni. La plupart de ces intervenants ont explicitement mentionné que le mot « végane » est toujours effrayant ou peu attrayant pour leurs partenaires institutionnels, et que vous ne pouvez pas les approcher avec un message sur les droits des animaux. Il est préférable de parler d’alimentation végétale, de protéines végétales ou d’une alimentation consciente…..

Supermarchés et restaurants

Évidemment le changement institutionnel ne signifie pas seulement tendre la main aux grandes entreprises de restauration. Mahi Klosterhalfen de la Fondation Albert Schweitzer en Allemagne nous a parlé de leur système de classement des supermarchés et de la façon dont il contribue à accroître l’ambition des entreprises en créant une saine concurrence entre elles. Melanie Jaecques d’EVA en Belgique a fourni des chiffres intéressants issus de recherches à grande échelle sur la consommation de viande en Belgique, et a présenté un graphique montrant comment la consommation de viande en Belgique semble chuter significativement plus vite que dans d’autres pays européens (une des quelques raisons pour lesquelles je peux être fier de la Belgique).

Alison Rabschnuk du Good Food Institute (États-Unis) a parlé du classement des restaurants. GFI a observé qu’il existe d’énormes possibilités de fournir des aliments à base de plantes sur le marché extérieur. Ces efforts pourraient être particulièrement gratifiants puisque 33 % de toutes les ventes sur ce marché sont réalisées par les cent premiers restaurants. Alison a souligné que GFI ne vise pas principalement à rendre les choses plus faciles pour les végétaliens (bien que cela devrait être l’effet final), mais plutôt à fournir des options pour les flexitariens. En fait, dans leur Good Food Scorecard, les restaurants obtiennent des points supplémentaires s’ils n’utilisent pas des mots comme « végane », « végétarien » ou « sans viande » (« végétal » est accepté) ! Ils recommandent que les restaurants soient aussi subtils que possible dans leur étiquetage.

Quelques mises en garde

Nous ne devons pas nous leurrer nous-mêmes. Le défi est encore énorme, et tout ne sera pas qu’arcs-en-ciel et papillons à partir de maintenant. Leah Garces de Compassion of World Farming États-Unis nous a mis en garde contre ce qu’on peut appeler des fausses victoires. Plus d’aliments d’origine végétale ne signifie pas nécessairement moins d’aliments d’origine animale. Depuis l’introduction des boulettes de viande végétaliennes, la consommation de viande dans les restaurants Ikea, par exemple, a augmenté. La réduction n’est pas simple pour les entreprises. Les objections les plus souvent entendues de leur côté sont qu’il y a un manque de demande et que les produits sont encore beaucoup trop chers. Selon Leah, si nous voulons réussir, nous allons devoir être ouverts à toutes sortes de solutions, y compris certaines que nous n’aimons pas, comme les « produits mélangés » (voir cette interview avec Jos Hugense de Meatless).

Alors que Nathalie Rolland (Université de Maastricht) voit surtout des bénéfices dans la viande propre (« clean meat »), Arianna Ferrari a pris la position de l’avocat du diable sur ce sujet. Elle a dit que nous avons tendance à surestimer les avantages environnementaux de la viande propre et que les études d’analyse du cycle de vie montrent une image plus modeste. Nous ne devrions pas non plus fétichiser le progrès technologique, qui a une longue histoire d’échecs. Et nous ne devons pas perdre de vue les dangers et les inconvénients des monopoles, des brevets, des questions de justice distributive et de l’accès aux innovations. Arianna avait aussi des questions sur la souffrance animale et la viande propre. Une biopsie est-elle nécessairement sans cruauté ? La viande propre pourrait-elle perpétuer l’asymétrie entre les humains et les non-humains ? Ses arguments ne m’ont pas entièrement convaincu, mais il est bon que quelqu’un prenne une position critique sur ce sujet important.

La montée à l’Est

J’ai été très impressionné par la présence de tant de personnes et de groupes d’Asie de l’Est, et j’ai été ému par ce qui se passe dans ce coin lointain du monde. Frando Hakuryu et Haruko Kawano ont parlé de leur travail avec Vege Project au Japon, et Mavis Chang et Charlene Yeh ont parlé de la sensibilisation au végétalisme faite par la Tse-Xin Organic Agriculture Foundation, qui était l’hôte d’une formation de militantisme végane de CEVA que Melanie Joy et moi avons donnée récemment à Taïwan. Nous avons également entendu parler de Goal Blue en Chine, et nous avions écouté plusieurs autres groupes d’Asie de l’Est la veille de la conférence. Hazel Zhang m’a impressionné avec sa Veg Planet à but lucratif en Chine, qui compte déjà une quinzaine d’employés rémunérés et touche un grand nombre de personnes. Le mouvement en Asie de l’Est est jeune, mais il bouge et prend de l’ampleur. C’est aussi inspirant de voir que de plus en plus de groupes américains ou européens prennent conscience de l’importance d’y travailler et apportent leur soutien. Ce qui se passe à l’Est ne restera pas à l’Est ; cela affectera le monde entier.

Qui est l’ennemi ?

Sebastian Joy, CEO de ProVeg International, a parlé de « l’impact collectif » et de ce qui est nécessaire pour une alliance réussie : une organisation dorsale assurant la coordination ; un agenda commun ; des mesures communes ; des activités qui se renforcent mutuellement ; et une communication ouverte et continue.

Aaron Ross, qui coordonne l’Open Wing Alliance (une coalition internationale travaillant pour de meilleures conditions de vie pour les poules), a parlé des défis de travailler ensemble au sein de notre mouvement. Les véganes ne semblent pas seulement manger des plantes, dit-il ; ils finissent parfois aussi par se manger eux-mêmes. Parmi les difficultés que nous avons à surmonter pour travailler avec d’autres groupes, Aaron a mentionné la logistique (coordination des ressources et de la communication à travers le monde sur de nombreux fuseaux horaires différents), l’idéologie (ce que nous définissons comme végane, ce que nous acceptons d’une entreprise…), les différences interpersonnelles (les chances de ne pas nous aimer les uns les autres semblent augmenter avec le temps), les personnalités difficiles, ou un manque de cohésion (trop de cuisiniers dans la cuisine).

Dans mon propre exposé, j’ai expliqué que nous pouvons travailler ensemble avec n’importe qui et que notre plus grand ennemi est peut-être… la mauvaise nourriture végétalienne (merci pour cette réponse, Eve !). Cependant, Aaron Ross a donné une réponse plus profonde et plus intéressante à la question « qui est l’ennemi ? ». L’ennemi, a-t-il dit, est à l’intérieur. L’ennemi est notre ego qui fait qu’il nous est difficile, parfois, de partager les victoires ou de nous créditer les uns les autres. Parfois, dit Aaron, nous semblons nous soucier davantage de notre réputation que d’aider les animaux.

Longtemps partisan et bailleur de fonds du mouvement, Ari Nessel a donné la même réponse à la question de l’ennemi. L’ennemi, aussi bien que la solution, c’est nous ! Pour réussir, dit Ari, il ne suffit pas de tendre la main vers l’extérieur ; nous devons aussi tendre la main à l’intérieur du mouvement et développer notre cœur et notre esprit. Avant et pendant la conférence, Ari a dirigé plusieurs séances de méditation pour les participants. Même si je suis complètement nul à la méditation, je peux voir son utilité pour le développement personnel et organisationnel, et je suis vraiment heureux que lui et d’autres personnes introduisent cette idée dans notre mouvement. En effet, nous ne pourrons travailler ensemble avec succès sur une question aussi vaste que la nôtre que si nous prenons conscience de nos propres tendances les moins efficaces. Et, plus que cela, nous pouvons peut-être apprendre à voir ceux que nous considérons comme nos ennemis, comme nos alliés. Comme des gens qui, en fin de compte, sont dans le même bateau humain.

D’autres conférences intéressantes ont été données par Jimmy Pierson de ProVeg Royaume-Uni, expliquant une nouvelle campagne « Peak Meat », Jasmijn De Boode Proveg International montrant combien d’acquisitions d’entreprises de produits végétaux par des entreprises de viande nous avons vu au cours de l’année dernière et pourquoi ce n’est pas nécessairement un problème. La chercheuse Helen Harwatt a expliqué un nouveau système d’accréditation pour les entreprises qui tiendrait compte de la santé, de l’environnement et des animaux. Pablo Moleman et Alexandra Kirsch de ProVeg ont parlé des sociétés de lobbying pour éliminer les petits ingrédients problématiques de leurs produits, ce qui pourrait sauver beaucoup d’animaux. Matthias Rohra, Directeur de l’exploitation chez ProVeg, est un homme qui a fait le saut du secteur à but lucratif (il travaillait chez Coca Cola) vers le secteur non lucratif. Nous étions tous heureux de voir d’autres personnes comme lui dans le public. En effet, le fait d’avoir à bord des personnes qui savent par expérience comment parler la langue des hommes d’affaires est d’une importance cruciale.

Cette conférence avait l’air d’un début. Le début de quelque chose de nouveau, quelque chose de plus puissant et plus fort que jamais auparavant. Je pense que si les animaux pouvaient nous voir, ils seraient fiers et pleins d’espoir. J’ai été heureux d’y participer et je remercie ProVeg et la Humane Society, en particulier David Pedersen et Kristie Middleton, d’avoir rendu cela possible.

Il semble que nous avons décidé d’aller loin en allant ensemble.

Également publié ici : https://peuventilssouffrir.wordpress.com/2018/05/15/collaborer-pour-changer-le-regime-alimentaire-mondial-un-rapport-du-50by40-corporate-outreach-summit-a-berlin/.

Comment ce qu’on mange détermine ce qu’on pense

J’ai mentionné dans mon article à propos de Beyoncé qu’on oublie parfois que si l’opinion influence le comportement, le comportement influence aussi l’opinion. Ce que je veux dire, c’est que la manière dont nous agissons vis-à-vis de quelque chose influence nos croyances au sujet de cette chose. On peut voir ces croyances nouvelles comme une rationalisation de notre comportement.

Je vais vous donner un exemple. N’hésitez pas à commenter si vous pensez que mon analyse n’est pas bonne. Regardez l’image ci-dessous : un toréador à gauche, un ouvrier d’abattoir à droite. Fondamentalement, ces gens font la même chose: leur profession est de tuer des vaches. Si vous présentez cette photo à un public général (omnivore) et demandez : « laquelle de ces personnes appréciez -vous le moins ? ». Vous savez que la réponse sera le toréador. Mais pourquoi?


Quand je pose cette question lors de conférences, j’obtiens diverses réponses dont la principale étant peut être que le toréador tue des animaux pour le divertissement, alors que le boucher est concerné par quelque chose d’essentiel comme se nourrir. C’est peut être bien la façon dont les gens le voient, même si je dirais qu’il n’est pas évident que manger de la viande soit moins trivial qu’une « tradition » séculaire. Une autre raison que donnent les gens est que la corrida ressemble plus à de la torture, alors que l’ouvrier abattoir doit essayer de tuer de la manière la plus rapide et la moins douloureuse possible. Ces explications, parmi d’autres, sont certainement valables, mais je pense qu’il y a une autre raison importante pour laquelle les gens jugent le toréador et le boucher très différemment :

La plupart des gens ne participent en aucune façon à la corrida. Il est donc facile pour eux de désapprouver le toréador.  Par contre, la plupart des gens mangent de la viande, donc désapprouver le boucher est beaucoup plus difficile. Je pense que nous sommes là dans un cas où le comportement influence les croyances.

Cela signifie que si nous voulons que les opinions des gens à propos de l’exploitation animale changent, il est très important que nous, en tant que société, devenions moins dépendants des animaux pour la viande. La nouvelle génération de substituts de viande (aux États-Unis: Gardein, Beyond Meat, etc.) fait du très bon boulot, et la viande in vitro pourrait évidemment avoir une importance incroyable.

Il faut absolument continuer d’informer les gens sur les conséquences négatives de la viande, ce qui amènera certains à changer de comportement. Mais considérons en même temps que l’autre chemin est aussi important. Faites en sorte que les gens aient de nombreuses expériences savoureuses et véganes.

Également publié ici : https://questionsdecomposent.wordpress.com/2018/04/07/comment-ce-quon-mange-determine-ce-quon-pense/.

Comment osez-vous vous prétendre « végane » !

J’ai eu envie d’écrire cet article en réponse à celui du site anglophone Ecorazzi intitulé « Si vous n’êtes que végétalien, arrêtez de vous appeler végane ! »

Le titre, et surtout le point d’exclamation, m’ont rendu presque donné envie de vomir (bon, j’exagère un peu). Tout est dit dans le titre. Probablement que l’autrice avait les meilleures intentions (bien qu’elles puissent être « impures », comme pour nous toutes). Mais cette façon de penser et de communiquer est si improductive et si dommageable que je ne sais même pas par où commencer.

L’autrice croit que les végétaliennes* pour la santé – qu’elle ne veut évidemment pas appeler véganes, même en anglais où le terme végétalien n’existe pas – «détournent» le mouvement végane. Elle veut en quelque sorte interdire aux végétaliennes de se qualifier de véganes. Au delà du fait que dire aux gens de ne pas utiliser un mot est un peu vexant et mesquin, il est en plus très improductif d’ostraciser les végétaliennes pour la santé de « notre club » végane.

J’ai beaucoup écrit à ce sujet, mais très brièvement : la demande pour les produits véganes, quelle que soit la motivation derrière cette demande, va augmenter le choix en produits véganes. Manger végane devient alors plus facile, notre dépendance vis-à-vis des produits animaux diminue, et il devient beaucoup plus facile de se soucier d’éthique quand on sait qu’on a plus grand chose à y perdre. Les végétaliennes pour la santé sont en plus parmi les cibles les plus faciles pour notre discours éthique. En effet, de nombreux « véganes éthiques » (je n’aime pas le terme) ont commencé à être végétaliennes pour leur santé.

Au risque de sur-analyser, il y a une explication au comportement et à la communication excluante qu’on peut lire dans l’article. Je recopie ci-dessous un extrait d’un manuel de psychologie. Je vais vous laisser le soin de voir comment ça pourrait s’appliquer au cas présent. Gardez à l’esprit la dichotomie « végétaliennes éthiques » vs « végétaliennes pour la santé » quand vous le lisez.

« Les gens aiment être perçus à travers les identités qui leurs sont importantes. Être perçu à travers d’autres identités, particulièrement celles qui sont erronées, peut susciter une «menace d’étiquetage». Nous n’aimons pas non plus qu’un autre groupe soit trop semblable au nôtre, parce qu’il mine l’essence même de notre groupe, qui nous rend différentes et spéciales. En d’autres termes, nous avons tendance à être plus sensible à l’erreur de catégorisation lorsque l’autre groupe est réellement semblable au nôtre (…). Des groupes trop proches des nôtres peuvent donc menacer l’identité unique du groupe: «menace à la distinctivité». Il a parfois même été soutenu que l’identité distinctive d’un groupe est encore plus fondamentale que d’éviter une identité négative. »**

Ca vous semble familier ?

J’ai pensé à un truc : à force, je pourrais être tellement déçu par les véganes et le véganisme, que (bien qu’étant végane pour les animaux), je m’abstiendrait complètement d’utiliser ces termes (certaines personnes disent que je devrais de toute façon, vu que je fais parfois des choses non-véganes !). Un peu comme The Animalist le dit ici. Mais le problème est qu’alors les seules personnes qui utiliseraient le terme seraient les plus fondamentalistes, et nous devrions tout recommencer en partant sur un nouveau mot. Donc je pense que je ne suis pas encore prêt à abandonner le mot végane. Je veux plutôt être une personne de plus à utiliser ce mot de manière rationnelle, compatissante, positive et inclusive. Qui veut me rejoindre ?

*Le traducteur a utilisé un féminin neutre, avec l’accord de l’auteur pour se montrer solidaires des luttes féministes.
** Hewstone, M. Stroebe, W. & Jonas, K (2012), An introduction to social psychology. Oxford, UK: Blackwell. (5th edn.)

Également publié ici : https://questionsdecomposent.wordpress.com/2018/04/02/comment-osez-vous-vous-pretendre-vegane/.

Libération animale, libération humaine : une lutte, un combat ? Une interview avec Dr. Kristof Dhont

Les personnes qui défendent les animaux sont souvent enclines à comparer la lutte pour les droits des animaux avec d’autres questions de justice sociale. Nous aimons expliquer les parallèles entre le sexisme et le spécisme, ou comparer l’élevage avec l’esclavage. Dans quelle mesure ces problèmes sont-ils liés, et s’ils le sont, comment pouvons-nous aborder cette question de manière convaincante plutôt qu’en provoquant du rejet ?

Dr. Kristof Dhont
Dr. Kristof Dhont

J’ai parlé de ce sujet avec Dr Kristof Dhont, un conférencier à l’Université de Kent, Royaume-Uni. La recherche de Kristof se concentre principalement sur le rôle de la personnalité et des facteurs situationnels dans les relations inter-groupes humains et humains-animaux. Il étudie, entre autres sujets, les fondements psychologiques et les racines idéologiques du spécisme, ainsi que les motivations à manger et exploiter les animaux. Dans un article récent publié dans le European Journal of Personality, Kristof et ses collègues ont étudié les racines idéologiques communes du spécisme et des préjugés ethniques. Dans cette interview, nous rechercherons ces racines communes, mais nous nous interrogerons également sur leurs implications pour la stratégie et la communication. Nous aborderons aussi le fait que les droits des animaux intéressent particulièrement les progressistes et personnes de gauche, et pourquoi le repas de Noël est peut-être le pire moment pour évoquer le sort des animaux.

Vegan Strategist : Kristof, qu’est-ce qui vous a poussé à faire des recherches sur les racines communes des attitudes envers les animaux et envers les groupes humains ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette ligne de recherche ?
Kristof Dhont
: Mon intérêt pour l’interdépendance supposée du spécisme et des préjugés envers les groupes humains (tels que le racisme et le sexisme) a été déclenché par des slogans tels que «spécisme = racisme = sexisme» et des photos d’animaux enchaînés aux cotés de photos d’esclaves humains enchaînés. Des philosophes influents comme Peter Singer ont écrit sur les parallèles entre la manière dont les membres des groupes défavorisés sont (ou ont été) traités et la façon dont les gens traitent et pensent les animaux non humains.
Grâce à de nombreuses études psychologiques, nous savions déjà que les gens qui n’aiment pas ou expriment des préjugés discriminatoires envers un groupe externe (par exemple les homosexuels) ont tendance à exprimer du rejet envers tout un pan d’autres groupes sociaux auxquels ils n’appartiennent pas (par exemple,les noirs, latinos, pauvres, immigrants, musulmans, juifs, … typiquement des groupes dont le statut ou le pouvoir est inférieur dans un contexte donné), un phénomène appelé «discrimination généralisée» (generalized prejudice). Ainsi, par exemple, les personnes qui approuvent des opinions racistes sont plus susceptibles d’adopter des positions sexistes. Cette idée peut être élargie pour inclure les attitudes envers les animaux.

human fist and animal paw
Une lutte, un combat ?

Et c’est quelque chose que vous avez été amené à vous-même tester ?
Oui, dans un premier temps, mes collègues et moi voulions étendre cette idée en cherchant à savoir si celles et ceux qui expriment des opinions plus négatives et discriminatoires à l’égard des groupes ethniques et religieux endosseraient plus fortement les attitudes en faveur de l’exploitation envers les animaux (attitudes spécistes). C’est exactement ce que nous avons trouvé, d’abord dans une étude menée au Canada et ensuite dans une série d’études menées en Belgique, au Royaume-Uni et aux États-Unis (1). Les personnes qui ont exprimé le plus fortement des discriminations ethniques ont également exprimé un plus grand soutien à diverses pratiques d’exploitation animale telles que la chasse, l’élevage industriel, la consommation de viande, l’expérimentation animale, la chasse à la baleine et l’utilisation d’animaux pour le divertissement humain. Dans une nouvelle série d’études menées avec ma doctorante Alina Salmen, nous avons également trouvé des indices consistants montrant les liens entre le spécisme et le sexisme. Récemment, une équipe de chercheurs de l’Université d’Oxford a reproduit ces résultats avec une nouvelle manière de mesurer le spécisme.

Avez-vous une idée de pourquoi ces liens existeraient ?
C’est effectivement ce que nous voulions savoir, même si nous reconnaissons qu’il y a une variété de facteurs en jeu, que nous n’avons pas tous pu étudier tous ensemble. Du point de vue d’un·e psychologue, nous avons examiné spécifiquement le rôle des croyances et des motifs idéologiques généraux. Nous nous attendions à ce que les désirs de domination et d’inégalité entre les groupes sociaux jouent ici un rôle important. Plus précisément, les individus diffèrent les uns des autres dans la mesure où ils préfèrent une société caractérisée par une forte hiérarchie et une inégalité entre les groupes sociaux, par opposition à une société caractérisée par des relations intergroupes plus égalitaires. Cette caractéristique ou cette orientation sociale générale est connue sous le nom de l’orientation de dominance sociale. Nos études ont montré que le désir d’une domination sociale basée sur l’appartenance à un groupe présentait de fortes corrélations avec les discriminations ethniques et le spécisme, et représente un facteur idéologique clé expliquant pourquoi les préjugés ethniques sont associés au spécisme.
En relation avec les préférences pour les relations intergroupes hiérarchiques, la croyance que les humains sont censés dominer les animaux et l’environnement naturel semble être importante, non seulement comme prédicteur des attitudes envers les animaux, mais aussi pour prédire les attitudes envers les femmes. Cela montre que la façon dont les gens se situent par rapport aux animaux (et au statut des animaux) a des implications sur la façon dont nous nous positionnons par rapport aux groupes humains.

Appelleriez-vous ce que vous faites de la recherche «intersectionnelle» ?
Cela dépend peut-être de la façon dont vous définiriez l’intersectionnalité. Ce terme semble être utilisé de différentes manières, et je ne l’ai pas encore utilisé dans mes propres travaux. Historiquement, ce concept tire ses origines des théories féministes et contre le racisme, arguant qu’il n’y a pas de sens à considérer les catégories sociales telles que le sexe, la race, l’orientation sexuelle et la classe isolément les unes des autres pour lutter contre la discrimination, les inégalités sociales et les désavantages sociaux. Les membres de groupes sociaux défavorisés appartiennent souvent à plusieurs groupes ayant des statuts inférieurs (par exemple, les femmes noires de la classe ouvrière) et subissent ainsi de multiples dimensions de discrimination simultanément. Ne pas considérer ces différents statuts entrelacés (ou ayant des «intersections») est par définition inadéquat ou du moins incomplet selon la théorie de l’intersectionnalité. Ce cadre s’est largement focalisé sur le point de vue de celles et ceux qui subissent le désavantage et, bien que ce soit important, je n’ai pas beaucoup travaillé depuis la perspective du groupe défavorisé.
Sur un plan plus large, l’intersectionnalité renvoie également à l’idée que différentes formes d’oppression systémiques (et institutionnalisées) telles que le racisme, le sexisme et l’homophobie ne sont pas seulement en relation les unes par rapport aux autres, mais intimement liées et donc interconnectées dynamiquement. C’est plutôt ce sur quoi je me suis concentré dans mes recherches, mais dans une perspective psychologique, étudiant les attitudes, les croyances et les comportements des gens, plutôt que de manière sociologique. En ce sens, je dirais que nos résultats soutiennent largement l’idée d’intersectionnalité au niveau individuel. Mais notez que, à ce jour, le terme «intersectionnalité» est encore rarement utilisé dans la recherche psychologique conventionnelle (et en dehors de domaines spécialisés tels que les études de genre ou les études ethniques et raciales).

Revenons à vos conclusions, qui suggèrent que les slogans dont vous avez parlé au début sont justes dans une certaine mesure. Dans quelle mesure pensez-vous que ces slogans ou des slogans similaires (souvent plus extrêmes) aident à changer les positions des gens par rapport aux animaux?
Du point de vue d’un·e activiste végane ou des droits des animaux, ces slogans sont totalement sensés et peuvent également stimuler des débats intéressants et des recherches empiriques. Pourtant, pour la plupart des gens, il est plutôt improbable qu’ils aient l’impact souhaité – peut-être même le contraire. Tout d’abord, les slogans comparant l’exploitation animale ou la production de viande à l’exploitation des humains, par exemple en se référant à l’esclavage, à l’holocauste, à l’oppression des femmes, n’ont de sens que si les gens acceptent la présomption sous-jacente que les intérêts et la souffrance des animaux humains et non humains ont la même valeur. Nous savons que beaucoup de gens et spécialement les mangeurs de viande sont en désaccord avec cette idée et donnent bien plus de valeur aux intérêts humains qu’à ceux d’un animal, en particulier ceux d’animaux de ferme. Pour eux, de tels slogans sont perçus comme irrationnels et, par conséquent, au mieux ignorés.

Fait réfléchir ou provoque du rejet ?

Je peux penser à au moins trois conséquences néfastes et involontaires de l’utilisation de ces comparaisons. Une première réaction possible est que les gens peuvent non seulement se sentir jugés et critiqués pour avoir mangé de la viande, mais ils peuvent aussi penser que vous les qualifiez de nazis, racistes, sexistes, etc., selon la comparaison utilisée. Plutôt que d’être sensibilisé à la souffrance animale, votre auditoire sera probablement offensé et contrarié parce qu’il est accusé d’être une chose qu’il est certain de ne pas être (dans la majorité des cas). En conséquence, les gens percevront probablement le messager (l’organisation ou le mouvement) comme plus négatif et hostile qu’auparavant, et lui accorderont moins d’intérêt.
Une deuxième réaction est que le message apparaît comme une tentative de minimiser ou de banaliser la gravité des événements historiques atroces ou de l’injustice sociale que vous utilisez dans la comparaison. Inutile de dire que ce sont des questions extrêmement sensibles et en mentionnant par exemple l’holocauste ou l’esclavage, vous détournez l’attention de la souffrance des animaux (sujet dont les gens se soucient moins) à un sujet dont ils se soucient profondément. Les gens pourrait condamner le fait que vous utilisiez la souffrance des autres pour votre « propre » cause.

muzzled dog, muzzled black slave
Est-ce que comparer l’esclavage des humains et des animaux est persuasif, ou surtout offensant ?

Enfin, imaginez la réaction possible de quelqu’un appartenant au groupe minoritaire ou historiquement défavorisé qui est directement ou indirectement comparé aux animaux. Comment se sentent-ils lorsque les militants (la plupart du temps des gens de la classe moyenne blanche) les comparent – d’une certaine manière – aux animaux ? Plutôt que de penser que vous donnez autant de valeur aux intérêts d’un animal qu’à ceux des humains, ils peuvent en fait penser que vous dégradez spécifiquement les noirs ou les juifs au rang des animaux. Il y a donc une chance qu’ils se sentent déshumanisés ou perçus comme moins qu’humains. Nous savons par la recherche psychologique que les personnes qui se sentent déshumanisées par un certain groupe manifesteront à leur tour une forte réaction négative et une déshumanisation réciproque envers ce groupe. Encore une fois, ce n’est pas la réaction que vous espériez, mais plutôt son contraire.

Peut-on apprendre quelque chose des interventions contre le racisme pour réduire le spécisme ou même réduire la consommation de viande?
Il est trop tôt pour affirmer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Il n’y a tout simplement pas assez de recherche solide pour répondre à cette question. Une considération importante cependant est que ce qui aide à réduire le spécisme ou à améliorer les attitudes envers les animaux n’affectera pas nécessairement la consommation de viande. Même si nos découvertes montrent que les personnes qui approuvent fortement les croyances spécistes ont aussi tendance à consommer plus de viande, nous savons aussi que les gens sont très efficaces pour dissocier la viande des animaux. Cela signifie que de nombreux omnivores se soucient des animaux dans une certaine mesure, mais paradoxalement, ils n’ont aucun problème à manger de la viande. Et il existe de nombreux autres obstacles motivationnels, sociaux et externes qui empêchent les gens d’arrêter ou de réduire la consommation de viande (voir à ce sujet l’interview de Jared Piazza).

Dans l’ensemble, cependant, je pense qu’il y a beaucoup à apprendre de la recherche sur la réduction des préjugés. Je vois en particulier beaucoup de promesses dans les interventions axées sur la création d’opportunités pour des interactions positives et pleines de sens entre les humains et les animaux de ferme. Des preuves empiriques approfondies ont confirmé qu’un contact favorable entre les membres de différents groupes religieux ou ethniques réduit les préjugés et améliore les relations intergroupes. Le contact intergroupe stimule l’empathie et la possibilité de se mettre à la place d’individus de l’autre groupe, ce qui conduit à une meilleure compréhension mutuelle et à des attitudes plus positives les un·e·s envers les autres. Il y a de bonnes raisons et beaucoup d’indices isolés pour s’attendre à ce que le contact personnel avec les animaux de ferme augmente l’empathie à leur égard, ce qui augmente l’opposition à l’exploitation animale. C’est déjà possible en visitant les refuges pour animaux de ferme. Bien sûr, en premier lieu, amener les gens à visiter les sanctuaires pour animaux et les laisser construire une connexion avec les animaux serait un autre défi à surmonter. Les écoles et centres de loisir ou de vacances pourraient jouer un rôle significatif à cet égard.
En outre, d’autres techniques d’intervention qui augmentent la prise de perspective, par exemple à travers les médias, la narration, la réalité virtuelle ou les simulations mentales, peuvent fonctionner de manière similaire. Notez que de telles interventions n’essaient pas activement de convaincre les gens de ce qui est bien ou mal, mais leur permettent de faire l’expérience de quelque chose et, par conséquent, de se forger leur propre opinion, évitant ainsi le problème de la résistance à la persuasion.

Une autre conclusion de vos recherches est que les gens du côté droite / conservateur du spectre politique soutiennent en moyenne plus fortement l’exploitation animale et consomment généralement plus de viande. Y a-t-il un moyen d’utiliser cette découverte dans notre plaidoyer pour les animaux ?
Évidemment, vous n’avez pas besoin d’être un·e scientifique pour savoir ou remarquer que les droits des animaux et le végétarisme / véganisme reçoivent plus de soutien des progressistes (ou libéraux) que des conservateurs. De nombreuses personnes véganes ou défenseuses des animaux se considèrent progressistes ou de gauche. En mettant l’accent sur les principes d’égalité et en plaidant en faveur du changement social, les droits des animaux semblent appartenir intrinsèquement à l’aile gauche. Mais qualifier ces sujets de progressistes ou de gauche peut aussi accentuer la fracture idéologique entre les groupes et les personnes de gauche et de droite, et conduire ainsi à une polarisation encore plus politique sur ce sujet. Ce n’est pas parce que les conservateurs sont moins enclins à soutenir les droits des animaux ou moins enclins à réduire leur consommation de viande, qu’appeler conservateurs ou traditionalistes ceux qui défendent l’exploitation animale et progressistes ceux qui s’y opposent va aider les animaux. De tels messages peuvent même encourager les traditionalistes à manger plus de viande et en être fiers si cela est considéré comme une chose de droite. Après tout, la grande majorité des progressistes mangent encore de la viande. En même temps, beaucoup de personnes des deux côtés du spectre politique sont contre la cruauté envers les animaux.

Comment pouvons-nous nous éloigner de la polarisation politique des droits des animaux et du véganisme?
En étant plus conscient des valeurs des personnes de tous les horizons politiques, et surtout en étant conscient des valeurs que les gens de droite jugent importantes. Décliner les droits des animaux dans le cadre de valeurs d’égalité (ou d’égalitarisme) et à travers des valeurs de changement social ou de justice sociale déstabilisera les personnes conservatrices, étant donné que ces valeurs sont soit peu importantes pour elles, soit en contradiction avec leurs propres valeurs. Les gens de droite ont tendance à résister au changement social et à se soucier profondément des traditions familiales et culturelles qui, dans de nombreux cas, impliquent des repas de viandes ou d’autres formes d’exploitation animale. Il est difficile de surestimer l’importance de telles traditions pour l’identité et le cadre moral des gens. Ces traditions rassemblent les membres de la famille et de la communauté, sont une source de plaisir gustatif intense et, en fin de compte, procurent un sentiment de cohésion sociale, de stabilité et de sécurité collective. Ils sont le ciment social de la famille ou de la communauté. Critiquer carrément certains des aspects fondamentaux de ces traditions – comme le repas – apparaîtra probablement comme une attaque contre les valeurs et les traditions elles-mêmes, et suscitera du ressentiment et de la défensive. Les personnes de gauche qui défendent les animaux considèrent probablement ces traditions comme non pertinentes et sans importance pour leurs propres choix moraux, mais elles devraient reconnaître le rôle central que ces valeurs jouent dans la vie de beaucoup d’autres personnes, en particulier chez les gens de droite. En ce sens, peut-être que l’un des pires moments pour commencer à discuter du véganisme est pendant le repas de Noël ou de Pâques. Le véritable défi ici consiste à sortir l’exploitation animale de la tradition sans mettre fin aux traditions elles-mêmes et à fournir des alternatives adéquates.
Il est également important de noter que, dans l’ensemble du spectre idéologique, les gens sont sensibles aux souffrances et au malheur, et qu’ils apprécient de prendre soin de celles et ceux qui souffrent. La compassion n’est donc pas une question partisane et attire les personnes des deux côtés du spectre idéologique. En somme, quand il s’agit d’arguments moraux, l’idée la plus importante derrière l’éthique animale, le principe de «ne pas nuire» résonne avec les valeurs morales des libéraux / progressistes et des conservateurs. En outre, éviter de mettre l’accent sur des principes qui ne sont appréciés que par la gauche et tenir compte de certains principes moraux appréciés par les gens de droite (comme les traditions), pourrait grandement contribuer à éviter la polarisation idéologique sur les droits des animaux.

(1) Dhont, Hodson, Costello, & MacInnis, 2014; Dhont, Hodson, & Leite, 2016

Également publié ici : https://questionsdecomposent.wordpress.com/2018/03/13/liberation-animale-liberation-humaine-une-lutte-un-combat-une-interview-avec-dr-kristof-dhont/.

10 conseils de communication pour les nouveaux véganes (et les autres)

Il est important de se battre pour ses convictions. Il est également appréciable d’influencer les gens pour qu’ils suivent notre exemple. Seulement parfois, nous pouvons prendre notre mission un peu trop à cœur . C’est notamment le cas des nouvelles recrues, prêtes à militer 24/7, souvent de manière contre-productive. Voici quelques conseils pour éviter de tomber dans cet écueil. De quoi partir sur de bonnes bases pour militer efficacement.

vegan advocacy1. Restez ouvert d’esprit
Ce n’est pas parce que vous avez arrêté les produits d’origine animale que vous devez arrêter de penser. Notre mouvement n’en est qu’à ses balbutiements. On peut toujours s’améliorer, acquérir davantage de connaissances et de sagesse, gagner en efficacité. Sachez qu’être végane n’est pas une finalité, que vous pouvez et devriez continuer à évoluer.

2. Ne laissez pas vos émotions vous aveugler
Je comprends : vous avez découvert la vérité à propos du sort réservé aux animaux, arrêté de manger des produits d’origine animale, et vous êtes désormais en colère parce la situation ne va pas en s’améliorant. Comment les autres peuvent-ils ne pas aboutir aux mêmes conclusions que vous? Si vous vous impatientez avec eux, réalisez que votre propre conversion ne s’est sans doute pas faite du jour au lendemain : ce qui vous a finalement poussé à devenir végane était probablement le dernier élément d’une longue série d’informations qui vous ont ouvert les yeux.

3. Soyez modeste
Votre conversion est toute récente. Même s’il n’est pas garanti que les véganes de longue date sont plus sages, ils ont généralement davantage d’expérience en ce qui concerne la vie dans un monde non-végane. Cela les a peut-être amené à avoir une approche plus légère et nuancée. Ce n’est pas pour autant qu’il faut les juger : ils ne sont pas des traîtres!

4. Rappelez-vous que le véganisme n’est pas une fin en soi
On est végane parce qu’on veut réduire la souffrance : gardez toujours cet objectif en ligne de mire. Lorsque vous faites quelque chose, ne vous demandez pas si c’est végane, mais bien si cela permet de réduire la souffrance.

5. Fréquentez des gens qui vous ressemblent…
Appartenir à une communauté végane (en ligne ou IRL) peut beaucoup aider, surtout au début. Avoir du soutien, des réponses à vos questions, se détendre avec des personnes auprès de qui vous n’avez pas à défendre votre mode de vie, c’est agréable.

6. … Mais sachez sortir de votre bulle
Même si appartenir à une communauté végane peut être d’une grande aide, il y a aussi un grand risque de tomber dans une chambre de résonance. Continuez à voir des gens différents. Pas seulement pour les influencer, mais pour les comprendre et pour apprendre d’eux.

7. N’exagérez pas les revendications véganes
Certains militants prétendent que le véganisme va résoudre tous les problèmes du monde. Hélas, c’est faux. Certes, son application serait un grand progrès, mais ce n’est pas la panacée. L’exagération ne fera pas avancer la cause : elle ne fera que rendre plus sceptiques les moins crédules.

8. N’essayez pas d’être parfait
Pour moi, si vous êtres véganes à 99%, alors vous êtes véganes. Vous pouvez essayer d’atteindre les 100 ou 110%, mais le bénéfice marginal est très faible (cela peut même s’avérer contreproductif). Ne vous sentez donc pas coupable si vous n’atteignez pas les 100%, et si vous les avez atteints, ne méprisez pas ceux qui n’y sont pas parvenus.

9. Soyez focalisés sur la nourriture
Les arguments et les discussions ont leurs limites. En particulier, les arguments moraux peuvent se heurter à une forte résistance. Au contraire, la nourriture est une bonne façon d’influencer les autres d’une manière non-menaçante. Emmenez les gens au restaurant, cuisinez pour eux, donnez leur des recettes…. Battez-vous pour leur faire vivre de bonnes expériences gustatives véganes et tout deviendra plus facile.

10. Soyez amical et positif
Si vous êtes en colère, frustré ou impatient, les gens ne feront que se détourner de vous, et vous maintiendront à distance. Soyez sympa et fréquentable. C’est mieux pour vous, c’est mieux pour eux. Croyez en les gens, croyez que la plupart d’entre eux se soucient du bien-être animal. Et placez un peu d’espoir dans l’idée que chacun est capable d’avoir une illumination.

Également publié ici : https://veganudge.com/2017/08/08/10-conseils-de-communication-pour-les-nouveaux-veganes-et-les-autres/.

L’esprit motivé par la viande : interview du Dr. Jared Piazza

Dr. Jared Piazza

Le Dr. Jared Piazza est chargé de cours à l’université de Lancaster au Royaume-Uni. Il axe sa recherche sur le processus de décision morale, en particulier sur la façon dont on envisage la valeur morale des animaux. Jared Piazza et ses collègues ont récemment publié les articles « Rationalizing meat consumption: The 4Ns » (« Rationaliser la consommation de viande : les 4 N », dans la revue Appetite, et « When meat gets personal, animals’ minds matter less » (« Quand la viande devient une affaire personnelle, les esprits des animaux comptent moins ») dans Social Psychological and Personality Science. J’ai assisté à l’intervention de Jared à la Care Conference à Varsovie en juillet 2016 et je l’ai ensuite interviewé. On a évoqué les obstacles rencontrés par les défenseurs des animaux. Ce billet est un peu plus long que d’habitude, mais je suis certain que vous ne perdrez pas votre temps.

Vegan Strategist : Jared, pourquoi y a-t-il si peu de véganes dans le monde ? On dépasse à peine les un pour cent.
Jared Piazza : Il y a plusieurs réponses possibles. Est-ce parce que les gens ne se soucient pas des animaux ? Je ne le crois pas. Par exemple, les Américains ont dépensé plus de 60 milliards de dollars pour leurs animaux de compagnie en 2015. Je ne crois qu’ils ne se soucient que des chiens et des chats et pas aussi des animaux de ferme. Est-ce parce que les gens ne savent pas ce qui arrive aux animaux d’élevage et que nous n’avons qu’à leur apprendre les faits ? Je ne pense pas que ce soit non plus la réponse. Ça fait des dizaines d’années que le mouvement a sensibilisé le public sur ces questions.

Alors, la bonne réponse…?
La meilleure réponse que je puisse donner, c’est que les gens aiment vraiment la viande et qu’ils veulent continuer à en manger. Cela les rend moins sensibles aux arguments moraux vis-à-vis des animaux d’élevage. Si on peut les aborder par leur motivation pour la viande, alors il se peut qu’ils soient plus réceptifs aux messages de défense des animaux et au changement de leur comportement. Le goût se développe très tôt dans la vie et cela reste pas mal inchangé ensuite. Beaucoup de gens sont néophobes (ont peur de la nouveauté) quand il s’agit de nourriture. Il n’est donc pas facile de changer son goût. Mais le côté positif, c’est qu’une fois qu’ils ont vraiment changé, nombre d’entre eux peuvent perdre leur gout antérieur plutôt vite et de manière permanente. Cela est particulièrement vrai pour ceux qui s’abstiennent de manger de la viande pour des raisons éthiques. Si vous êtes végane depuis longtemps et que vous avez du mal à comprendre le pouvoir de séduction de la viande, je peux vous recommander le livre Meathooked de Marta Zaraska.


Vous avez travaillé sur deux obstacles particuliers que rencontrent les défenseurs des animaux : la réactance morale et le raisonnement motivé. Pourriez-vous nous en dire plus ?

La réactance morale, c’est quand on ne veut pas être critiqué ni qu’on nous dise que ce qu’on fait n’est pas éthique. Le simple fait d’évoquer la question du végétarisme – ou même simplement ne pas manger de viande à la table de mangeurs de viande – peut entrainer ce type de réactance, les autres pouvant ressentir un reproche moral implicite dans ce que vous dites ou dans ce que vous faites ou non.
Le raisonnement motivé concerne les justifications a posteriori. Plutôt que d’être ouverts à un faisceau de preuves, la plupart veulent que leur raisonnement conclue qu’ils n’ont pas besoin de changer. Ils rassemblent donc des raisons et des idées qui justifient leur conclusion préférentielle, qui veut qu’ils n’ont pas à changer. Quand vous vous trouvez dans un « état motivé », vous êtes motivé dans une certaine direction. Vous vous engagez personnellement et vous orientez votre raisonnement de telle sorte qu’il justifie vos préférences, qui sont formatées par vos habitudes et par vos goûts. En revanche, si vous créez d’abord un contexte dans lequel il n’y a pas de pression externe au changement, les gens envisageront peut-être de manière critique l’ensemble des arguments (par exemple, que la consommation de viande n’est pas nécessaire, etc.).

Tout ça n’est pas très nouveau pour nous qui croyons au pouvoir de la pensée rationnelle…
Le raisonnement motivé n’est certainement pas le raisonnement rationnel ou objectif. Et il peut entraîner certains problèmes. Les gens modifieront leur façon de voir les animaux de telle sorte que leurs convictions soient cohérentes avec leur goût pour la viande. C’est ce qu’on appelle l’alignement de la conviction. La recherche a montré que si vous rappelez aux gens qu’ils mangent des animaux, ils penseront moins aux animaux (en termes de capacités mentales) que quand on ne le leur rappelle pas. Ils réduisent aussi leurs préoccupations morales pour les animaux quand ils voient les animaux comme de la nourriture.

Il y a aussi l’ignorance délibérée, que vous avez testée par une intéressante expérience.
Oui, l’ignorance délibérée c’est le fait que, quand des individus sont dans un état motivé, il se peut qu’ils évitent ou mettent de côté des informations « ennuyeuses » qui, sinon auraient été pertinentes. Dans une étude, avec Steve Loughnan, nous avons donné à des sujets un scénario où, à un moment donné dans le futur, des scientifiques découvrent une nouvelle espèce animale (les « trablans ») sur une autre planète. Quand on a présenté les trablans comme intelligents, les gens étaient plus concernés par l’animal que quand on les présentait comme pas très malins. On a vu clairement une corrélation entre l’intelligence perçue des trablans et l’intérêt moral qui leur était porté. Mais on a alors effectué une deuxième étude dans laquelle on a aussi mis des cochons et des tapirs en jeu, en disant aux gens qu’ils étaient aussi des animaux intelligents. On a alors observé que, dans le cas des cochons, que l’on mange, au contraire du tapir et des trablans, l’intelligence des cochons avait moins d’effet sur l’intérêt moral qui leur était porté. Autrement dit, l’intelligence des cochons était ignorée de manière stratégique.

Un trablan, animal imaginé par Jared Piazza et ses collègues chercheurs.

En tant que défenseurs des animaux, comment lutter contre tous ces obstacles ?
On peut déjà essayer d’éviter le raisonnement motivé. Il s’agit de s’adresser aux gens avant qu’ils aient besoin de défendre leurs choix, c’est-à-dire avant qu’ils soient dans un état défensif, motivé qui leur fasse produire des rationalisations a posteriori. On peut y arriver en les faisant penser qu’il sont déjà sur la voie de la diminution de la viande – en leur rappelant tous les délicieux mets sans viande qu’ils mangent déjà et qu’ils apprécient. C’est comme cela que je suis passé d’omnivore à « végétarien santé » puis à végane. J’ai commencé par réduire ma consommation de viande, car ma maman m’avait fait peur avec les propriétés cancérigènes de la viande. Avec le temps, ne pas manger de viande est devenu une partie de mon identité, ce qui m’a rendu plus réceptif à l’information sur l’élevage intensif et la libération animale. Une autre stratégie pourrait être de créer des environnements “sûrs” où les gens pourraient se demander pourquoi ils mangent de la viande, plutôt que ce soient les membres de l’avant-garde morale qui leur disent pourquoi c’est mal de manger de la viande. C’est certainement plus facile à dire qu’à faire, mais la psychologie peut apporter quelques trucs utiles.

La littérature psychologique sur la persuasion a clairement montré que les gens n’aiment pas penser qu’on les persuade (voir résistance à la persuasion), donc n’essayez pas de les persuader ouvertement. Ne dites pas « Je suis dans ce groupe, pas toi, mais tu devrais l’être ». Si, en tant qu’omnivore, j’ai peur que vous me critiquiez et que vous ne vouliez pas faire de compromis, alors pourquoi discuterais-je avec vous, si je sais que cela ne va aller que dans une seule direction ? On devrait peut-être essayer plus souvent de donner aux gens l’occasion de se persuader eux-mêmes. Dans mon labo, on a découvert que si l’on fait écrire à des omnivores un argumentaire opposé à leur position – par exemple, leur demander d’essayer de convaincre un ami qu’il n’est pas nécessaire de manger de la viande – plutôt qu’un argumentaire qui va dans leur sens (par exemple, pourquoi c’est nécessaire), les gens sont plus réceptifs aux messages compassionnels sur les animaux de la ferme et plus enclins à envisager des repas végétariens. Ici, l’idée, c’est que les gens peuvent être convaincus par leurs propres arguments, plus que s’ils sont contraints par des influences extérieures, même si ces arguments sont contraires à ce qu’ils pensaient à l’origine. Donc, en tant que défenseurs des animaux, on devrait étudier plus de façons d’enrôler des gens dans la défense des animaux, en développant une pensée critique sur les animaux et la viande, plutôt qu’en les culpabilisant pour leur consommation de viande.

Nous autres véganes, pourrions peut-être nous présenter aux mangeurs de viande comme d’horribles omnivores, en leur laissant jouer le rôle opposé ?
C’est une idée intéressante !

Si les arguments rationnels ne peuvent pas nous amener plus loin, qu’en est-il des messages émotionnels ?
Je pense que les émotions positives peuvent être particulièrement utiles. Il me vient à l’esprit le pouvoir de motivation qu’entraîne la vue d’un bébé animal. Les bébés animaux sont mignons. Les mammifères partagent un “modèle du bébé” : les caractéristiques physiques des jeunes animaux (les grands yeux, le visage rond, le petit nez) qui peuvent générer des émotions et un comportement nourriciers et d’affection.

Dans une étude, on a montré des images de chatons et de chiots à des participants (ou des chats et chiens adultes), puis on leur a fait jouer au jeu Opération (« Docteur Maboul », un jeu qui demande des mouvements fins et soigneux pour ôter des organes d’une main stable, afin de ne pas être pénalisé). Les participants à qui on avait montré des bébés animaux ont mieux réussi à ce jeu, ce qui suggère qu’ils étaient plus “soigneux”. Et quand on mesurait leur prise avec un instrument adapté, elle était apparemment moins forte. Je me suis demandé si le fait de voir des bébés animaux de la ferme évoquait plus de tendresse, sentiment en désa ccord avec le goût pour la viande. Il est certain que des groupes de défense des animaux pensent implicitement que c’est le cas : nombre de pubs et de brochures que j’ai vues sont remplies de photos de bébés animaux de la ferme. On a mené quelques études pour tester cette idée et on a obtenu des résultats contradictoires (on est en train d’écrire les résultats). L’exposition à des images de mignons animaux de la ferme semble bien évoquer de la tendresse et réduire le goût pour la viande, mais surtout chez les femmes, et quand on lie directement l’animal et la viande. L’effet a été assez faible, mais constant, donc la tendresse semble être une émotion utile à cibler pour les défenseurs des animaux, au moins chez les femmes.

Et l’évocation d’émotions négatives ?
Je pense qu’essayer de provoquer un dégoût physique pour la viande (par exemple, en disant qu’elle pourrait contenir de germes, qu’elle est pourrie, ou autre) pourrait être efficace. Cependant, je ne recommanderais pas de provoquer du dégoût pour le fait de tuer des animaux. Le dégoût pour la cruauté n’est pas une émotion transformatrice : la réaction de dégoût consiste à repousser ou à s’éloigner de l’objet du dégoût (que ce soit du sang, des boyaux, ou autre). Je pense que la colère est une émotion plus transformatrice dans ces circonstances, car elle implique une évaluation de l’injustice et une volonté de corriger ce qui est mal. Mais il faut aussi être prudent avec la colère, car la frontière est étroite entre la colère et la culpabilité. Vous devez faire clairement porter la responsabilité aux producteurs, pas aux consommateurs. Si les gens se sentent responsables de l’injustice, ils seront largement plus tentés de rejeter la faute sur un autre, que de rechercher la justice.

La culpabilité, ça peut marcher ? Beaucoup de véganes disent avoir été convaincus par d’autres véganes qui leur ont dit les faits crûment. Qu’en pensez-vous ?
Parfois, peut-être. Mais je pense que la culpabilisation échoue en général, car la personne culpabilisée refuse d’être accusée de faire quelque chose de mal, et elle peut trop  facilement trouver des justifications qui font qu’elle rejette les accusations.

Vous avez également effectué des recherches sur les 3 N de la justification de Melanie Joy : manger de la viande est nécessaire, naturel et normal.
Oui, avec Steve Loughnan et Matt Ruby, on a cherché à savoir si les trois N de Melanie Joy – manger de la viande est nécessaire, naturel et normal – étaient les principales justifications que donnaient les gens pour défendre leur droit de manger des animaux. On avait tous trois lu le merveilleux livre de Melanie et on voulait tester sa théorie. On a donc recruté des omnivores : un groupe d’adultes américains recrutés par internet et un groupe séparé d’étudiants de premier cycle de l’université de Pennsylvanie. On leur a simplement demandé « Pourquoi est-ce que c’est bien de manger de la viande ? » et on a catégorisé leurs réponses. Pour notre plus grand bonheur, on a trouvé la preuve que les gens évoquaient en fait les 3 N sur lesquels Melanie avait écrit. Ils évoquaient aussi un quatrième N – manger de la viande, c’est sympa [« nice » en anglais] (c’est-à-dire agréable, goûteux, etc.). Plutôt bizarre comme argument pour défendre son droit à faire quelque chose de nuisible, mais c’est néanmoins revenu assez souvent. Ainsi, on en est arrivé aux 4 N de la justification de consommation de viande. Nécessaire était le plus répandu, mais Naturel et Nice (sympa) avaient le plus haut niveau d’acceptation, ce qui nous suggère qu’ils pourraient être les moins malléables des quatre.

En matière de recherche, quels autres axes d’étude estimez-vous importants ?
Je pense vraiment qu’on ne sait pas grand-chose sur les raisons pour lesquelles des gens deviennent végétariens ou véganes. On en sait plus sur les obstacles que rencontrent les gens quand ils ne mangent pas de viande, que sur la façon dont certains deviennent végétariens ou véganes. Quels traits psychologiques, quelles stratégies rendent possibles de tels changements de style de vie ? Tout le monde peut-il devenir végane ou bien y a-t-il quelque chose en particulier qui met les véganes à part ? Je m’attache particulièrement à mieux comprendre  comment certains peuvent être émus par la souffrance des animaux de ferme, au point d’arrêter de manger de la viande du jour au lendemain, pour ne plus jamais y toucher. J’essaie aussi de mieux comprendre comment tant de personnes peuvent recevoir la même information sur la souffrance massive des animaux et réagir avec horreur, mais sans faire quoi que ce soit.

Pour finir, pourriez-vous nous donner quelques recommandations pour les activistes ou le mouvement ?
Tout d’abord, faites de votre mieux pour éviter la réactance morale et le raisonnement motivé quand vous parlez de la consommation de viande avec les gens. Ce n’est pas toujours possible, mais mettez-vous à leur place. Comment réagiriez-vous si on vous suggérait que quelque chose que vous aimez faire et que vous avez fait la plupart de votre vie est immoral ? C’est peut-être quelque chose que vous n’avez jamais considéré comme un problème auparavant et qui vous apporte un plaisir quotidien. Pensez-vous que vous seriez immédiatement réceptif à leur message ? Ou remettriez-vous en cause leurs arguments ? Arrêteriez-vous immédiatement ce que vous avez fait toute votre vie, ou penseriez-vous immédiatement à des circonstances dans lesquelles ce que vous faites est parfaitement acceptable et ne pose aucun problème ? Une fois que vous vous abstenez de manger de la viande, il est facile d’oublier comment on voit les choses de l’autre côté, du point de vue de la majorité qui mange de la viande, qui se demande pourquoi on fait tout ce foin.
Je recommanderais aussi aux défenseurs [des animaux] d’être accueillants, de chercher à intégrer et de ne pas abandonner. Il faut que les gens pensent réellement qu’ils peuvent changer. Il faut responsabiliser les gens, pas seulement en leur faisant prendre conscience que la production de viande détruit la planète et ruine des vies (des vies qui comptent vraiment), mais aussi en leur donnant l’occasion d’imaginer d’autres façons de voir le monde, particulièrement la façon dont ils se voient eux-mêmes, afin qu’ils puissent raisonner d’une manière moins défensive, moins orientée vers la préservation de soi. Je pense qu’on aura peut-être plus de succès de cette manière.

Merci, Jared, pour cette interview !

Également publié ici : https://www.vegetarisme.fr/lesprit-motive-viande-interview-dr-jared-piazza/.

Les véganes devraient-ils soutenir le burger végane de McDonald’s ?

Je me rappelle, il y a plus de quinze ans, avoir demandé aux végétariens et aux véganes ce qu’ils feraient si jamais McDonald’s créait un burger végane. Imaginez qu’en plus, ai-je dit, ils le testent quelque part et que le succès de ce test détermine s’il allait être commercialisé partout.

Parfois, les expériences de pensées (j’ai toujours aimé ça) deviennent réelles. Cette semaine, McDonald’s a sorti un burger végane à Tampere, en Finlande. Le succès qu’il aura jusqu’au mois de novembre pourrait influencer ce qui va arriver dans des milliers d’autres McDonald’s dans le monde.

Les véganes, comme souvent, sont assez divisés dans leurs réactions. Beaucoup applaudissent cette initiative, tandis que beaucoup d’autres affirment qu’ils ne mangeront jamais au grand jamais quoi que ce soit chez McDonald’s, parce qu’un burger végane ne peut pas effacer les nombreux aspects problématiques de cette entreprise.

Je vois passer beaucoup d’opinions venant des tripes, peu réfléchies à ce sujet. Permettez-moi donc de vous présenter quelques-unes de mes pensées à ce propos.

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Qu’est-ce qui ne va pas avec McDonald’s ?

McDonald’s a été et, sur bien des aspects, reste une entreprise problématique. À vrai dire, aux yeux de nombreuses personnes (du moins les militants et les gens à gauche politiquement de manière générale), McDonald’s est plus ou moins le prototype d’une Mauvaise Entreprise. Quand je tape « what’s wrong with » (qu’est-ce qui ne va pas avec) dans Google, la première suggestion que je vois, c’est… McDonald’s. Le pamphlet de 1986 What’s Wrong With McDonald’s – et le procès « McLibel » lancé par la corporation contre Helen Steel et Dave Morris – a probablement quelque chose à voir avec ça. Le pamphlet parlait de la condition animale, des droits des travailleurs, de la déforestation, de la manipulation des enfants par les jouets, etc. Et pour beaucoup de gens, même si tous ces problèmes étaient résolus, McDonald’s serait simplement une entreprise toujours trop grosse, trop capitaliste, trop uniforme et trop de beaucoup d’autres choses pour qu’on la soutienne.

Je n’ai pas le temps de faire des recherches approfondies pour vérifier ce que fait McDonald’s aujourd’hui par rapport à toutes ces différentes dimensions sociales, mais étudions juste brièvement l’un de ces aspects : est-ce que McDonald’s est vraiment pire dans le domaine du bien-être animal que les autres entreprises similaires ? Selon Paul Shapiro, le Vice-Président de l’engagement politique au sein de l’organisation Humane Society of the US, l’annonce de l’entreprise en 2012 selon laquelle la branche américaine exigerait de ses fournisseurs qu’ils cessent de recourir aux cages de gestation et son annonce similaire datant de 2015 concernant l’élevage en batterie ont toutes deux provoqué une avalanche d’autres revendeurs majeurs faisant de même ou mieux. Concrètement, affirme Shapiro, les annonces de l’entreprise ont aidé à mettre en évidence le fait que ces pratiques de confinement en cages n’auront plus leur place dans le futur. Bien sûr, ce ne sont que de « simples » réformes welfaristes, mais elles représentent un début, et elles signifient des différences tangibles pour littéralement des milliards d’animaux.

Je pense que beaucoup de la haine qu’inspire McDonald’s n’est pas toujours complètement rationnelle, et qu’elle est en partie due au fait que McDo est devenu le symbole de tout ce qui ne va pas avec le capitalisme actuel. Mais disons, aux fins de la discussion, qu’on accepte juste que le géant du fast food soit quand même une entreprise très mauvaise – en effet elle achète, cuisine et sert un nombre gargantuesque d’animaux. Qu’est-ce que cela signifie concernant la relation des véganes et du mouvement végane avec le burger végane ?

Les opposants
J’ai vu beaucoup de personnes affirmant sur les réseaux sociaux qu’elles ne soutiendraient jamais McDonald’s. Elles refusent de dépenser leur argent chez une telle entreprise et, du coup (de leur point de vue), de contribuer à tout le mal qu’elle fait. Une réponse souvent entendue à ce genre d’argument est que ces mêmes personnes dépensent probablement pas mal d’argent auprès d’autres entreprises (comme par exemple des supermarchés), qui vendent également des morceaux d’animaux et peuvent aussi causer d’autres types de dégâts. Encore une fois, traiter de façon différente McDonald’s (et d’autres grandes chaînes de restauration rapide) ne me semble pas être une attitude rationnelle, mais pourrait avoir beaucoup à voir avec la fonction symbolique qu’a McDonald’s.

Parfois, il me semble que cela fait partie de la nature humaine de vouloir ou d’avoir besoin d’ennemis : beaucoup d’entre nous aiment juste détester certaines personnes ou entreprises. C’est pour cette raison que certains d’entre nous n’aiment pas forcément que l’ennemi s’améliore. Les gens ne veulent pas perdre leur ennemi et semblent avoir besoin d’un exutoire pour une certaine dose de haine ou de colère. Une indication de ceci est qu’il n’y a rien que l’ennemi puisse faire pour obtenir le soutien des opposants (les gens peuvent, par exemple, ne pas soutenir McDonald’s même si c’était 100% végane et écolo et… ). Parmi les opposants du McVegan, certains ont demandé si la moutarde, la sauce, les pains seraient véganes et si le « steak » serait frit sur le même grill que les steaks de bœuf – et ils semblaient être à la recherche de n’importe quelle excuse pour ne pas apporter leur soutien. D’autres disent que c’est juste de la merde.

Toute action positive entreprise sera considérée comme insignifiante, ou comme étant du greenwashing, ou vide, ou que sais-je. L’idée que cette entreprise est le Mal jusqu’à sa racine devient en quelque sorte immuable.

Certaines personnes dans le camp du Non considèrent l’enthousiasme du camp du Oui comme une sorte d’attitude « veganism über alles ». Ils voient les partisans du McVegan comme des gens qui applaudissent tout ce qui fait avancer la cause végane ou la cause animale, même si c’est au détriment d’autre chose. Il y a certainement des véganes qui sont très étroitement concentrés sur les animaux uniquement et ne se soucient pas de la convergence des problèmes de justice sociale. Mais je ne pense pas que ce soit nécessairement le cas de tous ceux qui disent oui au McVegan. Ces personnes souhaitent peut-être simplement encourager chaque pas en avant significatif, car ils se rendent compte que tout ne sera pas fait en une seule fois. Si McDonald’s prend des mesures significatives dans d’autres domaines, celles-ci pourraient également être applaudies, même si l’entreprise est toujours responsable d’énormément de souffrance animale.

Plaidoirie en faveur du McVegan
J’ai déjà écrit auparavant sur le fait que les grandes entreprises ont le pouvoir de faire de bonnes choses (voir Beyond Meat and Tyson: sleeping with the enemy? et Why vegans shouldn’t boycot Daiya cheese). Il est facile de voir quels sont les avantages de l’existence d’un burger végane chez McDo. Une telle offre aiderait énormément à normaliser et diffuser la nourriture végane et abaisserait le seuil de difficulté afin qu’un grand nombre de personnes y goûtent (le burger doit être savoureux, bien sûr – mais d’après ce que je lis, il l’est). Les entreprises qui voient un intérêt dans la vente de produits alimentaires végétaux commenceront également à devenir moins opposées à la croissance du phénomène végane.

Mais ce qui est le plus important, c’est que les grandes entreprises ont le pouvoir, les ressources, les contacts et les réseaux pour que ces produits se retrouvent partout. Je reviens juste de la conférence Extinction and Livestock à Londres, organisée par Compassion in World Farming et le WWF. Pendant l’un des débats, Josh Balk, Vice-Président de la division des animaux de ferme de l’organisation The Humane Society of the United States, nous a rappelé l’époque où le lait de soja ne pouvait être trouvé que dans un coin obscur de l’épicerie bio locale. Qu’est-ce qui s’est passé, a demandé Josh, pour que les laits végétaux passent de ce coin aux rayons de tous les principaux supermarchés des États-Unis ? Sa réponse : Dean Foods. La plus grande entreprise de produits laitiers des États-Unis a vu une opportunité et s’est mise aux laits végétaux. Il pourrait y avoir d’autres facteurs expliquant la popularité grandissante de ces produits, mais Big Dairy a clairement joué un grand rôle là-dedans.

Dean Foods a été une source d’inspiration pour que d’autres entreprises fassent comme elle et investissent dans les alternatives aux produits laitiers. De la même manière, McDonald’s, en cas de succès, pourrait inspirer d’autres chaînes (et peut-être que le géant du fast food a eu l’idée de commencer en Finlande en raison du succès de la chaîne Hesburger, qui propose un burger végane).

Les véganes peuvent-ils faire une différence ?
Si nous pensons qu’un burger végane chez McDonald’s est une bonne idée, nous pouvons participer activement en achetant ou en recommandant ce burger. Ou bien, nous pouvons simplement le soutenir en silence et laisser d’autres personnes l’acheter. Mais que se passerait-il si le mouvement végane (en Finlande ou internationalement) était réellement en mesure d’influer sur l’issue de cette expérience ? Le fait que ce burger s’appelle McVegan semble impliquer que les gens de McDonald’s ont au moins dans une certaine mesure la cible des véganes à l’esprit.

Supposez que, comme les articles de presse semblent l’indiquer, le succès de l’expérience finlandaise puisse influencer ou déterminer si et dans quelle mesure ce burger sortira dans d’autres pays. Pensez au nombre massif d’animaux à qui on épargnerait une vie de souffrance. Je suis sûr de moi quand je dis que, en supposant tout ça, je dépenserais volontiers mon argent là-dedans et je demanderais aux autres de faire de même. En outre, si j’étais le directeur d’une organisation finlandaise, je recommanderais même probablement à tous les véganes d’y aller (même si je prendrais en compte le potentiel retour de bâton des véganes moins pragmatiques).

Il est important de réaliser que McDonald’s a essayé de lancer un burger végane ou végétarien plusieurs fois dans différents pays, mais n’a jamais vraiment réussi nulle part (sauf en Inde). Imaginez que le burger végane américain de McDonald’s lancé en Californie et dans la ville de New York en 2003 ait eu du succès, et ait été commercialisé aux niveaux national et international, et ait inspiré d’autres entreprises… Il est difficile de dire si le mouvement végane aurait pu jouer un rôle important dans cela, mais ce n’est pas impensable. (De façon intéressante, la personne qui a supervisé le déploiement dans le Sud de la Californie du burger McVeggie, Don Thompson, est ensuite devenu le PDG de McDonald’s, mais a quitté l’entreprise depuis et fait maintenant partie du conseil d’administration de Beyond Meat.)

Les mauvaises intentions sont assez bonnes
Comme c’est souvent – et souvent à raison – le cas, notre façon de juger une action est en partie inspirée par notre façon de voir les intentions ou les motivations des personnes derrière l’action. Il est totalement raisonnable de supposer que la motivation derrière la commercialisation du McVegan est financière. De nombreux commentaires Facebook parlent exactement de cela : McDonald’s ne fait ça que pour l’argent ; ce ne sont que des salauds qui veulent nous soutirer de l’argent, etc., etc. Vouloir faire du profit est, bien sûr, entièrement normal pour une entreprise. Pourtant, beaucoup d’entre nous n’aiment pas cette motivation, tandis que nous aimons les motivations éthiques. Faites une petite expérience : imaginez que la PDG de McDonald’s Finlande est végane et qu’elle a sorti ce burger parce qu’elle veut faire quelque chose de bien pour les animaux. Il y a de grandes chances pour que vos opinions à propos de tout ça changent.
La question, pourtant, est à quel point ces intentions sont-elles importantes ? Il est certain que les animaux s’en fichent. Tout comme Saul Alinsky, un militant pour la justice sociale, je pense que nous devons permettre aux personnes de faire une bonne chose pour de mauvaises raisons. Alinsky écrit dans Être radical :

“Avec de très rare exceptions, les bonnes choses sont faites pour de mauvaises raisons. Il est futile d’exiger que les gens fassent une bonne chose pour la bonne raison – ce serait comme de combattre un moulin à vent. L’organisateur doit savoir et accepter que la bonne raison ne vient que comme une rationalisation morale une fois que la bonne conséquence a été obtenue pour la mauvaise raison – c’est pourquoi il doit rechercher et utiliser les mauvaises raisons pour atteindre les bons objectifs.”

J’ai été PDG de McDonald’s pendant une journée
Il y a peut-être vingt ans, au tout début de mon militantisme, j’ai organisé une manifestation dans un tout nouveau McDonald’s dans notre ville (Gand, en Belgique). Nous étions un groupe de personnes là-bas, avec les panneaux, slogans et tracts de rigueur, et un ou deux journaux ont couvert l’événement. Environ quinze ans plus tard, quand j’étais directeur d’EVA, l’organisation que j’ai co-fondée, j’ai fait ce qui s’appelait un “échange de job” avec le PDG de McDonald’s Belgique (c’était une initiative d’une organisation de développement durable dont nous étions tous les deux membres). Tandis que je faisais une présentation et que j’apprenais à connaître certaines personnes, pratiques et procédures de l’équipe de McDonald’s Belgique, ma propre équipe recevait et informait leur PDG et lui présentait les meilleures alternatives à la viande disponibles. La journée s’est terminée avec une rencontre entre moi et le PDG – qui ne nous étions pas vus de la journée – qui s’est déroulée… précisément au McDonald’s où j’avais organisé la manifestation plusieurs années auparavant…
La manifestation était un exemple de confrontation, tandis que l’échange de job était une forme de collaboration, ou au moins, quelque chose qui pouvait mener à cela. Aujourd’hui, ces deux formes d’actions sont toujours valables et nécessaires, mais personnellement je crois plus en la collaboration qu’en la confrontation.

Pas de destruction, pas de révolution, mais un changement graduel
McDonald’s ne va pas juste disparaître. Et cette entreprise ne va pas soudainement devenir une entreprise végane. La seule chose qui peut se produire est une amélioration progressive. Je respecte les véganes qui ne veulent rien avoir à faire avec cette amélioration et qui veulent rester le plus loin possible de certaines entreprises (les arguments rationnels sont utiles). Je ne dis pas que les boycotts ne sont jamais utiles ou couronnés de succès. Et je peux évidemment voir l’intérêt de soutenir des entreprises véganes autant que possible. Mais je pense que cette seule action ne suffira pas, et je pense que, pour les animaux, le soutien de grandes entreprises, bien intentionnées ou non, n’est pas juste un luxe. Qu’on le veuille ou non, c’est une nécessité.

Et juste au cas où quelqu’un de chez McDonald’s lirait : merci pour ce test ET oui, nous voulons que vous en fassiez plus.

Que la Force soit avec le burger végane.

Également publié ici : https://peuventilssouffrir.wordpress.com/2017/10/24/les-veganes-devraient-ils-soutenir-le-burger-vegane-de-mcdonalds/.

Pourquoi être végane, ce n’est pas une attitude radicale

Je vous soumets aujourd’hui une remarque glanée parmi toutes celles que j’entends régulièrement :

Être végane c’est comme être enceinte, on l’est où on ne l’est pas.

Ça paraît logique au premier abord, mais dès qu’on y réfléchit cinq minutes, cela n’a plus aucun sens ; car cette interprétation manichéenne du véganisme n’est pas une bonne stratégie, et en plus elle ne tient pas la route intellectuellement.

Tout d’abord, ce n’est pas une bonne stratégie que de déclarer que l’on est ou on n’est pas végane, sans rien tolérer entre les deux. Ce n’est pas la première fois que je m’exprime à ce sujet, il faut éviter de présenter le véganisme comme quelque chose de binaire, car cela exclut d’office tous ceux qui veulent nous rejoindre plus ou moins complètement. Bien sûr il est mathématiquement exact de dire que si on est à 99,5% végane on n’est pas vraiment végane (comme quelqu’un qui mange un morceau de gâteau non-végane une fois par an chez sa grand-mère). Mais il est clair qu’on est très proche du véganisme et qu’on n’est ni végétarien ni omnivore.

Il existe par ailleurs des zones d’ombre qui nous empêchent de savoir une fois pour toutes si l’utilisation ou la consommation de certains produits ou ingrédients fait de nous des véganes ou des non-véganes. En bref, ce qui est ou n’est pas végane n’est pas clairement défini, par conséquent être végane c’est en réalité essayer de se positionner sur une échelle de valeurs.

Donald Watson, le fondateur de la Vegan Society britannique, a défini le véganisme comme une philosophie, un mode de vie qui tend à exclure – autant que faire se peut – toute forme d’exploitation et de cruauté à l’égard des animaux, que ce soit pour se nourrir, se vêtir ou pour tout autre usage. Dire « autant que faire se peut » est important car cela laisse de l’espace pour un peu de flou et de subjectivité. Certains véganes ont les idées très claires sur les limites à respecter : pour ne pas manger la part de gâteau chez Mamie il suffit de dire non merci, un point c’est tout.

Mais ce qui est faisable pour un individu, ne l’est pas forcement pour un autre, et ce n’est pas à nous de dire à quelqu’un quelles doivent être ses limites. Et si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je viens de dire, imaginez ce que vous allez penser de quelqu’un qui applique à la lettre les 320 pages du livre Veganissimo et vous dit qu’il se passe de tous ces ingrédients problématiques naturellement, sans difficulté aucune ?

Donc non, être végane ce n’est pas comme être enceinte. De même que les crudivores se disent à 80 ou 90% crudivores, on devrait pouvoir dire la même chose quand on est végane.

Alors bien sûr on nous fera remarquer que contrairement au mouvement crudivore, le véganisme n’est pas seulement un régime alimentaire, ce qui est tout à fait vrai, même si l’alimentation représente la majeure partie du mouvement. On nous dira que le véganisme n’est pas un régime mais une philosophie, une éthique, un mode de vie, un engagement total, bref que « soit on respecte les droits des animaux, soit on ne les respecte pas ! »

Mais si c’était si simple cela se saurait ! Prenons l’exemple des Droits de l’Homme : personne n’est irréprochable dans ce domaine ; on fait presque tous, la plupart du temps, preuve d’humanité, de compassion, mais on fait souvent aussi des erreurs graves.

On voit donc qu’adopter une position trop tranchée sur le véganisme et le respect des droits des animaux revient à exiger une perfection qui n’est pas de ce monde. Tout ce que nous pouvons faire c’est tendre à devenir meilleurs, en gardant toutefois à l’esprit l’idée que nous n’y parviendrons pas, car la perfection n’existe pas. Nous ne sommes qu’un groupe d’individus qui avançons dans une certaine direction, et qui essayons au passage de tendre la main à d’autres individus pour les inciter à participer au voyage.

Également publié ici : https://www.vegetarisme.fr/etre-vegane-pas-radical/.